The Carousel [5/5]


Si je classe Mad Men parmi mes séries favorites, c'est qu'elle est capable de me hanter. Elle possède un tas d'épisodes mémorables mais ce que je retiens surtout, ce sont des instantanées, des moments clés ou anodins, des moments qui appartiennent aux acteurs ou aux réalisateurs (ou les deux) et qui me restent à l'esprit bien longtemps après leur première diffusion. Soit parce qu'ils sont bouleversants, drôles ou étonnants, souvent parce qu'ils sont contemplatifs et poétiques. Soit parce qu'ils sont un instant clé dans la compréhension d'un personnage ou parce qu'ils me renvoient à quelque chose en moi de tout aussi profond. Depuis 2007 (ou plutôt depuis 2008 car c'est là que j'ai débuté la série et ce blog), Matthew Weiner et son équipe accumulent ces moments et à quelques semaines de la fin, j'en ai sélectionné une cinquantaine (avec l'aide d'autres fidèles) pour vous faire une sélection qui sera forcément plus représentatif qu'un best of des meilleurs épisodes. Pas d'ordre particulier, juste un joyeux mélange de souvenirs. La nostalgie, c'était après tout un thème central de la série. 

La naissance de SCDP [S03E13 Shut The Door, Have A Seat]


Une fin de 1963 très sombre, où un Président vient d'être assassiné, où le mariage de Don s'est effondré et où, malgré tous leurs efforts, les employés de l'agence ont du mal à garder le navire à flots. Alors plutôt que d'enfoncer le clou dans la misère, Weiner décide de tout déconstruire pour repartir à zéro. Et il le fait de la manière la plus excitante et fun possible avec un épisode digne des plus grand films de casse. À partir du moment où Lane décide de renvoyer tout le monde, on se régale. David Carbonara nous offre sa partition la plus malicieuse pour nous entraîner dans les coulisses de la naissance d'une nouvelle agence, la nuit, en secret, dans des bureaux qui se vident peu à peu. Dans une ambiance nocturne et avec chaque partenaire qui a son moment de gloire, les scènes mémorables s'enchaînent avec une fluidité incroyable : un Pete faussement malade qui rejoint l'aventure grâce à Trudy, un Bert Cooper qui prévient Harry Crane de la folie de l'entreprise, une Joan qui fait son retour triomphale et un Don qui s'amuse comme un gamin face à cette réinvention dont il avait bien besoin. La vraie star de la manoeuvre reste Lane Pryce, en particulier quand il démissionne joyeusement en souhaitant un joyeux Noël à son patron. C'est un tournant dans la série qui fait vraiment le ménage : Don se retrouve en solo, Peggy obtient une promotion inattendue, on ne reverra plus des figures comme Sal ou Paul Kinsey et le décor principal disparaît, on lui dit adieu en même temps que nos héros, sans trop se retourner. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai sélectionné plus particulièrement la scène où l'équipe rétrécie se retrouve dans une chambre d'hôtel lors d'une pause goûter proposée par Trudy : c'est le symbole d'une nouvelle ère qui débute dans l'excitation la plus totale et l'union de tous. Un moment rare donc. 

Mad Men excelle quand elle cherche à mouvementer sa vie de bureau, Weiner a même avoué que, selon lui (et selon moi c'est bien plus que ça), la série est avant tout une chronique de la vie de bureau. C'est marrant d'ailleurs, quand Michael Scott quittera Dunder Mifflin dans un chouette arc de la cinquième saison de The Office, c'est à cet épisode que j'ai tout de suite pensé. Et Mad Men elle-même nous rejouera le même coup plusieurs fois (la fusion avec la boîte de Ted, le rachat de McCann) avec réussite mais jamais le même génie qu'ici. 

Lane regarde la neige tomber [S05E12 Commissions and Fees]


Si on m'avait dit qu'un personnage allait se donner la mort, j'aurais parier sur Pete ou bien sur Roger. Mais il est vrai que, depuis son arrivée dans la série, Lane a eu un parcours paradoxal : au fur et à mesure qu'il devenait très attachant pour nous, il se retrouvait lui de moins en moins à sa place dans cet univers cruel où ses faiblesses et sa sensibilité ont été malmenés. Sa complicité avec Joan, ses affrontements avec Pete ou le respect mutuel qu'il partageait avec Don faisaient de lui une figure essentielle, toujours un peu à part, un tantinet loufoque et terriblement attachante. Mais il y a eu des problèmes d'argent, une lâcheté toujours sous-jacente (on a eu un aperçu assez violent de sa triste soumission à son père), il a perdu la confiance de Joan, celle de Don et lorsque l'ironie le frappe de plein fouet sous la forme d'un cadeau de sa femme, il n'a plus la force de continuer. Ce n'est pas sa première tentative de suicide qui m'a fait trembler. Pendant ce long moment où il prépare son asphyxie pour réaliser ensuite qu'il n'y a pas d'essence dans le réservoir, je me disais de toute façon que quelque chose aller foirer, j'étais dans le déni complet. Je refusais de croire à la perte d'un personnage que j'aimais autant et qui avait encore beaucoup à offrir. Je me suis retrouvé soulagé lorsqu'il échoue et plus tard, lorsqu'il entre dans son bureau au milieu de la nuit, je n'ai même pas pensé à une seconde tentative. L'épisode passe alors à autre chose et lorsque Joan se dirige vers son bureau et ne peut ouvrir la porte, j'ai su. Et j'ai tremblé. Et je me suis retrouvé sous le choc. Pour de vrai. Aucune larmes, juste les yeux grands ouverts et un nœud dans le ventre, regardant impuissant les partenaires de Lane réagir à son acte. En ne nous montrant pas cette seconde tentative, les scénaristes ne nous laissent même pas le loisir de partager les derniers moments de Lane, ni de croire qu'il y a une autre issue. On nous laisse devant le fait accompli. On ne nous laisse pas bouleversé mais en état de choc, on nous laisse se noyer dans la fatalité. Comme si d'une manière perverse, Weiner et compagnie voulait que l'on ressente ce que Lane a ressenti lorsqu'il réalise que tout est fini. Au final, je choisis un moment qui se déroule vers le début de l'épisode, celui où tranquillement, Lane regarde la neige tomber...

Ken fait des claquettes [S06E08 The Crash]


Et ce n'est que la scène la plus mémorable parmi toutes celles que contient l'étrange "The Crash". Où nos héros s'injectent de la drogue pour partir dans un bad trip aussi violent que l'année 68. C'est devenu une tradition dans Mad Men d'avoir un septième ou huitième épisode de la saison (ça dépend si le season premiere est double ou pas) qui sort de l'ordinaire dans sa forme. Après avoir instauré la fusion de l'agence en tâchant de caser en une heure un tas d'intrigues nouvelles, "The Crash" prend le temps de la traditionnelle "expérience" et ne le fait pas qu'à moitié. Je pense que je n'ai rien compris à cet épisode. Je pense avoir tout compris à cet épisode. Je ne sais pas. Je ne veux pas le savoir. L'important pour débuter, c'est qu'il m'a hautement diverti et fait rire. Complètement embarqué dans cette folle ambiance, on en vient même à se demander si ce qui arrive à Sally, qui se retrouve face à une nounou inconnue, est réel et quand on réalise que oui, on se sent au beau milieu d'un cauchemar éveillé. Le crash, on ne sait pas si c'est le retour de Don à la réalité, si c'est l'accident de voiture de Ken ou si c'est quelque chose qui n'est pas encore arrivé mais vers lequel tout le monde se rapproche dangereusement. Et on s'en fout car l'épisode, s'il appelle comme d'habitude à toutes sortes d’interprétations, n'est selon moi qu'une succession de symboles et d'ambiances qu'il faut observer plutôt que de trop y penser. À nous de faire le tri, d'en retirer ce qu'on en veut, selon notre sensibilité. 

Don et Betty se séparent de leur maison [S04E13 Tomorrowland]


Tandis qu'on observait Don se reconstruire avec Megan en cette fin de quatrième saison, on a vu Betty noyé dans le passé, ayant perdu tout contrôle de ses désirs. Son mariage avec Henry ne la satisfait plus, elle se venge sur ses enfants et renvoie Carla, dans une scène tragique. Elle tente pourtant d'aller de l'avant, de manière artificielle, sans vraiment le vouloir, en vendant la maison. Joli scène de retrouvailles avec Don, au milieu des cartons. Une scène simple, qui en dit long et permet, un an après leur séparation, de retrouver un couple phare dans une ambiance plus apaisée et mélancolique. Cet épisode au titre bien pensé est un adieu au passé de la série, avec Carla, la maison d'Ossining et les vieux rêves de Betty, qui semble condamnée. Mais l'avenir dont il est question est aussi plein de faux espoirs et cette petite bière qu'on partage entre deux anciens amoureux qui se connaissent bien est un joli moment de pause dans toute cette tourmente. À la fin de la scène, ils se séparent, chacun sortant du plan par une porte différente. Leur trajectoire ne se croisera plus tellement par la suite et chacun partira vers son futur à lui. Les regrets bien enfouis mais présents pour toujours. Don semble en tout cas avoir toujours la même vieille solution : 
Betty: Things aren't perfect.
Don: So you'll move again.
Don et Betty se retrouvent le temps d'une nuit [S06E09 The Better Half]

Don: Why is sex the definition of being close to someone?
Betty: I don't know, but it is for me. It is for most people.
Longtemps après cette séparation, Don et Betty se retrouvent intimes à nouveau lors d'une nuit au camp de vacances de Bobby. Et ça fait du bien parce que personne n'avait parlé de manière aussi franche et lucide à Don depuis trop longtemps, pas même Peggy. Il faut dire que son ex-femme le connaît mieux qu'il ne le croit et que pour une fois, c'est elle qui sort victorieuse de cette énième adultère. Quand on l'oublie, Weiner sait nous rappeler à quel point January Jones est incroyable dans ce rôle (il nous a refait le coup dans "The Milk and Honey Route" de manière bien cruelle). Et ça fait du bien aussi de les revoir tous les deux dans un cadre plus léger, plus décomplexé. Ici, leurs scènes naviguent entre nostalgie et fatalisme et se déroulent un peu comme dans un rêve, comme si on se retrouvait dans l'esprit de Don, à naviguer dans le temps. On réentend même un thème musical qui illustrait souvent la première saison. C'est tous les ans la même chose et Mad Men sait mieux qu'aucune fiction nous rappeler à quel point le changement n'est qu'une illusion : alors qu'on approche de la fin de saison, Don est mis en face de ses contradictions et se retrouve seul. Et chaque saison, c'est encore plus mérité que d'habitude et c'est très intéressant de voir Betty se charger de ce rappel à l'ordre. Tout en douceur et sans mesquinerie. Juste avec de la peine pour l'homme qu'elle a tant aimé, l'homme que Megan aime tant, l'homme qui finira seul. Toute l'intrigue avec Sylvia et de manière plus générale, le mariage entier de Don à Megan aura mené à cette confession entre les deux anciens époux. "The Better Half", où l'éternel recommencement, où la roue qui tourne, où la condition humaine. Je radote tout autant que Mad Men, mais Mad Men le fait de manière bien plus belle que moi. 

Joan est seule au monde [S05E04 Mystery Date]

"He hit me and it felt like a kiss
He hit me but it didn't hurt me"
Quand la série se laissait aller à la tentation du montage final avec une chanson qui colle à la situation et relie plusieurs intrigues sous la même thématique, c'est réussi. Ici, c'est l'été 1966, une canicule, un New York agité dont la chaleur ne fait que rendre encore plus tendu. Et pendant ce temps, Joan morfle encore. Pourtant, ça y est, elle est débarrassé de Greg, celui qui l'avait violé, celui qui l'avait humilié devant ses collègues, celui qui ne sait pas ce qu'il veut et semble incapable de vouloir assumer un enfant (qui n'est pas le sien certes, mais quand même). Voilà donc Joan probablement soulagée mais plus seule que jamais. Son insupportable mari reparti au Vietnam pour de bon, sa mère pleine de reproches, un bébé qui pleure et la canicule, voilà tout ce qui lui reste quand elle finit enfin par s'allonger. Le monde s'agit à la fenêtre, Joan ne l'écoute pas. Elle est libre et brisée à la fois, très fragile mais restant solide. La société pourra changer et New York brûler, la voilà condamnée à s'occuper du petit Kevin pendant au moins une décennie, quasiment seule. Et le montage nous permet de la relier à Sally Draper qui, elle, dort paisiblement sous un canapé et, trop préoccupé par les tristes histoires des adultes, laisse passer ces longues journées d'été qui marquent la fin de son enfance...

Don montre son enfance à ses enfants [S06E13 In Care Of]

La sélection de Tiphaine Monange, qui tient un blog plein de poésie et un twitter pas mal aussi. 


Don et ses enfants s’arrêtent un moment devant la maison de son enfance. Le bordel décrépi, désormais assagi, détonne avec la chanson qui se déroule sur un rythme de boîte à musique. Les petits garçons regardent sans comprendre, en silence, la maison. Sally, dont la rébellion est manifeste et expansive, se tait pour cette fois. La chanson comble le silence laissé par tout ce que Don ne tente pas de décorer ni d’expliquer dans ce retour sur ses pas. Le père de famille sans histoire ni passé n’a rien à dire dans cette scène qui dégage autant d’espoir – celui que ses enfants puissent comprendre qui il est – que d’abandon serein à la fatalité – propres sur eux, gâtés mais graves dans cette scène, ces enfants dont leur père s’est détaché vont pouvoir appréhender toute la distance qui existe entre leur enfance et la sienne, entre l’idéal qu’il représentait et la réalité fruste de la maison à la peinture écaillée, qui ne déguise plus rien.
« I look at clouds from both sides now
From up and down
And still somehow
It’s cloud illusions I recall
I really don’t know clouds at all »
Don et Joan philosophent à l'hôpital [S03E06 Guy Walks Into An Advertising Agency]

"That's life. One minute, you're on top of the world. The next, some secretary is running over your foot with a lawn motor." 
Un épisode mémorable parce que le nouveau boss se fait broyer le pied par un tracteur mais en vrai, il contient plein d'autres scènes marquantes. Et il est l'exemple parfait pour prouver que Mad Men n'est pas juste l'un des meilleurs drama qui existe mais aussi un show très drôle quand il le veut. J'ai failli choisir la scène finale où Don berce le petit Gene Draper avec l'aide de Sally, qui n'a pas encore fait le deuil de son grand-père alors que Dylan entonne "Song To Woody". Mais comme on a déjà pas mal évoqué ça, je vous propose plutôt un très beau dialogue entre Don et Joan, coincés dans une salle d'attente d'hôpital alors qu'ils pensent que c'en est probablement fini pour eux et pour le reste de l'agence à cause d'une secrétaire maladroite. Jusqu'à "The Other Woman" où Don agira très mal envers Joan, leur amitié fut souvent à l'occasion de jolis moments de tendresse et de respect, sans arrières-pensées. Si Don sera sauvé in-extremis, Joan, elle, est condamnée. Condamnée à quitter ses ambitions pour s'enfermer dans une relation très triste avec son enfoiré de mari. Après avoir passé une affreuse journée et n'avoir pu retenir ses larmes devant tout le monde, elle se montre ici plus apaisé, presque philosophe et capable de tourner la situation à la dérision. En patientant avec Don, qui se montre sous un jour étonnement sincère et compréhensif, Joan contemple la vie de merde qui l'attend et traîne des pieds, profite un peu du peu de liberté qui lui reste et d'un moment plus léger. En fait, il faut se souvenir de cet épisode car c'est l'une de plus belles performances de Christina Hendricks, point. 

Bert Cooper n'en a rien à faire [S01E12 Nixon Vs. Kennedy]

"Mr. Campbell, who cares?"
Mad Men n'est pas Lost. Et Bert Cooper nous le confirme avec une réplique parfaite adressé à un Pete qui est résolu à utiliser le mystère autour de la vraie identité de Don pour régler ses comptes avec un mentor qui lui manque de respect. La vraie identité de Don, on s'en fout monsieur Campbell. Ce n'est pas ça l'important. C'est un fil rouge passionnant qui permet de complexifier Don et son rapport aux autres, mais ce n'est pas la raison pour laquelle on regarde religieusement la série chaque semaine. Ce n'est pas la fuite éperdue d'un anti-héros comme on a pu en voir des dizaines sur le câble ces dernières années, avec un secret, une femme au foyer et des cliffanghers pour cacher la pauvreté du récit. Avec cette réplique, Matthew Weiner nous annonce que, à l'image de l'élection opposant Nixon à Kennedy, il ne sert à rien d'essayer de deviner les choses à l'avance. Il suffit de regarder et d'observer toute l'ironie de la vie qui nous est montré dans cette série avec autant de justesse et de complexité que possible. Pendant 90 épisodes, Mad Men suivra le ton de cette scène en désamorçant des conflits, en jouant avec nos attentes et avec sa forme. Sans jamais dénaturer les personnages ou nous offrir une résolution juste parce qu'on le mérite. La vie ne fonctionne pas comme ça. Comme l'explique Alan Sepinwall dans un très bel essai sur l'épisode, "Nixon Vs Kennedy" est un classique, un épisode clé qui influencera beaucoup d'événements à venir. Et surtout, il donne le ton de toute la série en une seule réplique. Bien sûr, comme plein d'autres, ça ne m'aura pas empêché de trop analyser et d'essayer de deviner le travail de Matthew Weiner pendant sept ans. Il faut croire que j'ai une âme de Pete Campbell. 

Une famille américaine [S07E06 The Strategy]

"Does this family exist anymore? Are there people who eat dinner and smile at each other without watching TV?"
La série aurait presque pu se terminer sur ce plan et j'aurais été satisfait. Une drôle de famille, réunie autour d'un bon vieux plat américain dans un fast-food (Burger Chef, le nouveau client qui a permis, malgré lui, de réunir Don et Peggy autour d'une danse). On peut y voir une sorte d'hommage aux Sopranos de la part de Weiner ou tout simplement la conclusion parfaite à un épisode qui se recentre sur les relations entre des personnages en dérive depuis le début de saison. Et qui, tout comme l'exprime Don avec une belle vulnérabilité, sont toujours à la recherche d'un accomplissement et de quelqu'un pour les aimer. C'est ce qui les relie, ça et un instantané de l'Amérique à la fin des années soixante. Oui, cette image est parfaite, très touchante et même drôle (sacré Pete, avec sa tâche de ketchup !). C'est paisible comme la fin d'une époque. 

BONUS :Mais, c’est pas Brian Krakow ?!? [S07E08 Severance]


Et pour finir, une 51ème proposition bonus dans cette liste, proposée par ce bon vieux Drum, un grand nostalgique lui aussi...

Je n’aime pas Mad Men. C’est le terrible constat que je me suis fait en regardant le premier épisode de la seconde partie de l’ultime (sont chiants à AMC avec leur mode de diffusion débile !) saison de la série. Attention, je ne déteste pas la série, c’est juste que j’aime bien Mad Men. Je ne l’aime pas autant que The Good Wife, le fromage ail et fines herbes et le moment où Annie Lennox reprend le refrain de Sweet Dreams à la fin de Seventeen Again. Contrairement à Dylanesque, Mad Men ne me hante pas. En revanche, la série réussit quelque chose que peu de série arrive à faire avec brio : utiliser brillamment ses acteurs invités.

En règle générale, quand voir un visage familier dans un rôle éphémère m’amuse beaucoup. The Good Wife, encore elle, le fait si bien. Mad Men va beaucoup plus loin, ces rôles secondaires sont souvent marquants. Cependant, le fait qu’ils soient incarnés par des visages connus fait appel à notre imaginaire sériel commun les rend encore plus mémorables. Voir un rendez-vous arrangé pour Peggy est déjà une bonne intrigue de Mad Men, la voir sortir avec Brian Krakow est particulièrement brillant. Ce n’est pas tant le fait qu’on aime Devon Gummersall, mais que son image est indissociable du rôle qu’il a tenu dans sa jeunesse (My So-Called Life). Engager l’acteur capitalise sur son passé, ce n’est pas un visage inconnu. Si Matthew Wiener a expliqué qu’il voulait engager des acteurs peu connus lors de la genèse de Mad Men, la stratégie inverse pour les acteurs récurrents ou invités est très efficace. Son choix accentue encore plus l’idée véhiculée par leur scène.

Lorsque Joan a affaire à un très jeune représentant d’un client, ce n’est pas juste le visage d’adolescent de Dan Byrd qui marque, mais le fait que c’est le fils de Jules de Cougar Town, le gamin qui ne peut même pas boire de vin avec sa mère ! Don Draper qui repère une nouvelle conquête est le résumé de la moitié des épisodes de la série, mais celui devient d’autant plus marquant quand c’est Julia Salinger dans un avion. Matthew Weiner est une personnalité qui peut agacer, mais il était brillant sur ce terrain. C’était l’une des grandes réussites de la série. Je ne vois pas d’autres séries maitriser aussi bien l’art du guest star.

A part The Mindy Project, bien sur! Mais bon, c’est difficile de faire mieux que The Mindy Project.


Et voilà. Même si j'ai oublié pas mal de choses (et que les derniers épisodes en date nous ont offert un tas d'autres scènes mémorables), je suis heureux d'avoir pu rendre un dernier hommage à l'une de mes séries favorites. Celle qui va terriblement me manquer et que je me ferais une joie de revisiter encore et encore dès que l'envie m'en prendra. Rendez-vous demain pour discuter du dernier épisode où j'aurais encore une fois l'occasion de faire le bilan de la série. Avec une mélancolie du dimanche soir plus grande que jamais, je vous laisse avec un classement idiot-mais-ça-m'aide-à-faire-le-deuil des saisons, de ma préférée à celle que j'aime le moins, sachant que je les aime toutes beaucoup. 

Saison 3 - Saison 5 - Saison 4 - Saison 1 - Saison 7 - Saison 2 - Saison 6

Zou bisous bisous.

Commentaires