Bilan Saison 1
D’abord, je suis fier de moi. Parce que dévorer 43 épisodes en deux semaines, ce n’était pas gagné d’avance. Je pense que c’était la bonne période, aussi. En pleine hibernation post-examens, alors qu’il fait froid dehors et que j’avais besoin de réconfort. En pleine introspection, In Treatment est arrivé au bon moment dans ma vie.
Inspiré par BeTipul, une série israélienne, In Treatment a débuté sur HBO en 2008. Le concept est simple mais très novateur : neuf semaines dans la vie de Paul Weston, un thérapeute, et de ses cinq patients, cinq épisodes par semaines, chaque épisode correspond à une session avec un patient différent et chaque semaine se conclue sur une visite de Paul chez Gina, son ancien mentor devenue sa propre thérapeute. Les sessions durent vingt minutes à trente minutes et la série m’a rendu rapidement accro. Ce rythme particulier n’est certes pas forcément accessible pour tout le monde, mais si on est intéressé comme Paul par la complexité de l’humain, des relations humaines, on est forcément hypnotisé.
Chaque patient est intéressant et unique à sa manière et pourtant, on peut dresser des parallèles entre chacun d’entre eux, entre leurs confessions et l’évolution de Paul et surtout, s’identifier et évoluer avec eux au cours des quarante trois épisodes. Ces trois niveaux de lectures font la particularité de la série, sa force. Chacun de ses huis-clos nous questionnent à la fois sur les personnages et sur nous même. Et les scénaristes prennent leur temps pour nous dévoiler, au compte goutte, la vérité sur ces âmes perdus. Pas de grande révélation au bout d’une heure comme dans n’importe quelle scène avec un psy dans n’importe quelle série. Ici, la moindre larme, la moindre confession est un événement de taille. Souvent bouleversant.
Commençons avec Laura, qui ouvre le bal. On tombe très vite amoureux de Melissa George et de son personnage de jeune femme mal dans sa peau alors qu’elle hypnotise tout ceux qu’elle rencontre. Son premier face à face avec Paul nous introduit aux codes de la série. On a l’impression d’être dans une pièce de théâtre ou d’entrer dans l’intimité d’une pièce où les émotions sont intimes et protégés. Seulement, Laura est tombée amoureuse de Paul et le fil rouge majeur de la série est lancé dès les premières minutes. La lente évolution des rapports entre le thérapeute et sa patiente seront passionnants et le dénouement, forcément frustrant mais bien pensé.
Ensuite, c’est Alex, pilote de ligne qui va lentement laisser tomber ses grands airs et ses provocations pour faire confiance à Paul et lui dévoiler sa culpabilité, son rapport difficile avec un père exigeant, sa vie qui est un échec constant puisqu’il ne pourra jamais satisfaire personne et être libre d’exister. Blair Underwood m’a bluffé dans ce rôle difficile à apprécier au début, mais qui retient sans cesse l’attention. Quand il en vient aux mains avec Paul, j’avais des frissons. Mais le plus beau, c’est la manière dont il apprend à se confier à un homme dont il s’est méfié dès le début. La manière dont il dévoile sa vulnérabilité, jusqu’à cette fin tragique, presque inattendue.
Le mercredi, c’est la jeune Sophie qui vient se confier à Paul, qui devient très vite le confident et le complice de cette jeune gymnaste délaissé par ses parents, abusé par son entraîneur et aux tendances suicidaires. On s’attache très vite à cette gamine pleine de vie, qui remet souvent Paul à sa place, qui est à la fois pleine d’innocence et de maturité. C’est intéressant de voir en parralèle la manière dont Paul interagit avec ses enfants, et la manière dont il est un soutien pour Sophie, qui se retrouve beaucoup influencé par lui. Leur étreinte final m’a presque valu une larme et elle obtient une belle conclusion même si certaines choses restent forcément en suspens. La jeune actrice est pleine de talent et mérite la plus belle des carrières d’actrice après une telle performance.
Alors qu’il doit gérer ses propres problèmes avec sa femme Kate (toujours merveilleuse Michelle Forbes), Paul s’occupe d’une thérapie de couple le jeudi, avec Jake et Amy, qui viennent au départ pour décider ou non de garder un enfant non désiré, et qui vont tenter au fur et à mesure de définir s’ils s’aiment vraiment ou si leurs différents a pris le dessus. J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Josh Charles (Sports Night, The Good Wife), l’un de mes acteurs favoris, dans le rôle de Jake, dont l’attitude face à Paul est au départ détestable, mais qui devient peu à peu le plus convaincu par ses méthodes, celui qui s’ouvre le plus. Je me suis pas mal reconnu parfois en Jake, lorsqu’à certains moments, il est vulnérable. Amy fait le chemin inverse, d’abord fragile, puis distante, pour enfin se refermer complètement, jusqu’à l’une des plus belles explosions en larmes que j’ai pu voir. Comme va le déclarer Paul, elle est très difficile à analyser. Et la conclusion concernant ce couple nous laisse très ému, tout en nous laissant tirer nos propres conclusions.
En fin de semaine, c’est donc chez Gina que Paul va se confier, au sujet de ses patients, de ses problèmes de couple, de son amour grandissant pour Laura. Dianne West est parfaite dans le rôle de cette femme aussi douce que féroce, qui fait ressortir le pire et le meilleur de son vieil élève. Leur confrontation est souvent un beau miroir des épisodes précédents, qui nous permet de repenser chaque session différemment, sous un autre angle. On en apprend plus sur le métier de thérapeute, sur les grandes théories et les méthodes opposés qui peuvent s’appliquer. L’intrusion de Kate dans la pièce de Gina sont également une bonne idée, nuançant encore plus les personnages et leur identité.
Mais avant toute chose, In Treatment, c’est l’histoire de Paul Weston, un cinquantenaire plein de frustrations, de doutes, de regrets. Qui derrière sa carapace de sagesse cache un tas de défauts et d’imperfections, auxquelles on s’attache très rapidement. Il nous ouvre la porte de l’esprit de ses patients, et c’est à travers ses discussions avec eux qu’on apprend à le connaître, pour mieux qu’il nous surprenne à l’occasion. Gabriel Byrne est un monstre d’intensité contenu, il possède un regard hypnotisant, une sensibilité qui donne des frissons, c’est un grand acteur dans un rôle gigantesque. Quelle série a la possibilité d’explorer autant et dans toute sa complexité un personnage aussi humain ? En quarante sept épisodes, Paul Weston est devenu l’un des personnages fictions les plus travaillés et passionnants que la télévision m’a proposé. Et ce n’est pas un truand ou un alcoolique repenti. Non, juste un homme qui écoute, analyse et ne sait plus où il en est.
Tout est parfait dans cette première saison d’In Treatment qui fut ma drogue pendant les deux dernières semaines. Avec sa galerie d’acteurs au sommet de leurs art, avec des personnages uniques et attachants, qu’on ne veut pas quitter, qu’on veut suivre jusqu’à la fin de leur vie. Avec son générique reposant qui invite à la méditation, avec ses thèmes instrumentaux bouleversants. Avec ce dernier épisode qui appelle à une suite tout aussi réussie. Je ne sais pas si je vais la regarder maintenant ou attendre une nouvelle période d’hibernation. En attendant, je vous conseille ce chef d’œuvre unique en son genre.



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