Bilan Saison 5a


Il me semble loin le temps où Breaking Bad était diffusé au printemps, qu'il s'agissait d'un phénomène souterrain que nous savourions avec mon ancien colocataire avec beaucoup d'anticipation, de crainte et de joie, semaine après semaine. Nous voilà déjà à la cinquième saison et c'est à la fin de l'été que je la découvre, en avalant l'intégralité des huits épisodes en moins d'une semaine. Et devant attendre dix mois avant de pouvoir poursuivre mon visionnage. Etrange façon de consommer l'une de mes séries favorite. Mais c'est une bonne chose car ainsi, je n'ai pas le temps de monter mes attentes de manière trop démesuré entre chaque épisode et l'immersion est plus prononcée. C'est finalement l'une des raisons qui m'a fait apprécier cette nouvelle fournée bien plus que la précédente. Et c'est pas la seule de raison. 

Allez, je le dis maintenant. Autant la quatrième saison m'avait laissé frustré et partiellement déçu, celle-ci est proche de la perfection. J'ai rarement vu une succession d'épisodes aussi bien ficelés, riches et passionnants en aussi peu de temps, c'en est étourdissant. Et comme l'an dernier, et comme les sentiments sont encore frais, je vous propose un tour d'horizon des huits épisodes. C'est brut, ça manque de recul, c'est subjectif. C'est Breaking Bad vu à travers les yeux grands ouverts de Dylanesque et vous commencez à avoir l'habitude, non ?


5.01 Live Free Or Die / Après le traditionnel et mystérieux flash-forward, la saison reprend là où la précédente m'avait laissé tout à fait perplexe. Gus Fring a explosé, Walt a gagné et tout est bien qui finit bien. Sauf que non. La mort du grand méchant de la série laisse le trône vide et comme le thème cette année, c'est le pouvoir, voilà que Walt s'est mis en tête de devenir le nouveau roi. Ce n'est pas aussi simple que ça, comme va tenter de lui faire comprendre Mike, personnage le plus génial sorti de l'esprit de Gilligan et compagnie. Avant de remplacer Gus, il faut d'abord s'assurer de bien nettoyer après sa mort. Alors de manière tout à fait ludique et jouissive, l'épisode se transforme en une sorte de petit loner où Walt, Jesse et Mike, nouveau trio de choc, font équipe avec un camion rempli d'aimants pour détruire un ordinateur. C'est aussi simple et concis que ça et ça tient en haleine pendant tout le reste d'un épisode assez léger dans le ton (enfin, aussi léger que puisse l'être un épisode de Breaking Bad). On retrouve une forme de décontraction après la noirceur parfois oppressante et un tantinet forcé de la quatrième saison et ça fait un bien fou. Repartir sur de nouvelles bases en utilisant ce qui a fait le succès de la série, c'est souvent une bonne idée lorsqu'on s'est un peu trop emmelé les pinceaux. De l'exposition enthousiasmante pour une saison qui démarre avec des intrigues solides et claires, avec quelque chose d'intéressant pour chacun des personnages et un Jonathan Banks qui est clairement là pour voler la vedette à tout le monde. Pour résumer : "Yeah bitch! Magnets!" / Note : 17/20. 


5.02 Madrigal / Oui, Jonathan Banks vole la vedette dans un épisode qu'on pourrait presque définir de Mike-centric. L'occasion après un season premiere plutôt léger de complexifier le récit en y introduisant de nouvelles menaces, de nouveaux protagonistes (Lydia, qui m'a moyennement plus au départ et qui se révèle par la suite essentielle au récit) et de nouveaux complots, de manière efficace et enthousiasmante, parce que c'est Mike que l'on suit à la découverte de Madrigal. Pendant ce temps, Walt monte l'échelle du pouvoir en s'enfonçant de plus en plus dans l'aveuglement et la fierté, et Bryan Cranston est tellement fort qu'on a encore beaucoup d'empathie pour lui. Sauf peut-être lorsqu'il invente une excuse bidon pour ne pas que Jesse se doute du coup de la ricine, un retournement de situation idiot l'an dernier qui pourrait bien se révéler intéressant si la vérité finit par éclater. Car le duo Walt/Jesse reste encore ce que la série propose de plus passionnant et poignant. Les voilà désormais rejoint par Mike et cette association de malfaiteurs a décidément tout pour plaire. / Note : 17/20.


5.03 Hazard Pay / J'adore une série qui est en train de se reconstruire. Breaking Bad le fait avec beaucoup de classe et d'inventivité avec cette histoire de maisons bâchés et de labo transportable. Chaque protagoniste (Badger et Skinny Pete !) joue un rôle dans la construction de l'empire Whitman qui commence sur une note "artisanale" qui nous ramène avec joie aux sensations de la première saison ou de ce bon vieux camping-car (symbole d'un autre temps qui sera souvent évoqué cette saison). Une joie qui m'a rappelé la Michael Scott Paper Company, la meilleure intrigue de The Office US même si les enjeux ne sont clairement pas les mêmes. Non, car Walt est le patron maintenant et parmi ses employés, c'est avec plaisir que l'on retrouve notre ami Jesse Plemmons, tout à fait à sa place dans le décor. On a également le droit à du très bon Saul Goodman et à un montage impeccable comme seul la série en a le secret. Déjà très riche, l'épisode parvient à développer de manière très touchante l'état de Skyler, qui est passé du statut de potentiel partenaire de crime à épouse paranoiaque et prise en otage par les actes de son mari. La scène où elle surprend Walt en train de regarder la scène finale de Scarface avec son fils fait froid dans le dos et semble annonciatrice d'une nouvelle ère sanglante. Oui, en plus de savoir gérer son cast, de lier toutes ses intrigues et de faire des montages sublimes, Breaking Bad est championne du symbolisme. Qu'il soit subtile ou pas, il n'est jamais là par hasard et fera particulièrement mouche cette saison. La référence à Jesse James reste ma favorite et il est intéressant de se demander qui jouera le rôle du lâche Robert Ford. Jesse ? En tout cas, un épisode rondement mené, délectable, aux dialogues croustillants et ou on ne s'ennuie pas une seconde. La saison ne perd pas de temps pour devenir inoubliable et maitrisée. / Note : 18/20.


5.04 Fifty-One / Ce qui fonctionne aussi très bien cette saison, c'est le toutéliage. L'an dernier, la notion du temps était plutôt floue et on avait l'impression d'être dans une nouvelle série, un truc musclé et parfois hautement improbable et grotesque. Cette année, nous revenons à l'essentiel et les intrigues sont centrés sur Walt et sa famille. Un an après les événements du pilote de la série, nous voilà en train de fêter son anniversaire et on peut mesurer toute l'évolution du personnage et de ceux qui l'entourent, que ce soit sa relation avec une Skyler en pleine dépression ou avec un Jesse qui refuse encore d'accepter la nouvelle nature de son vieux prof de chimie. "Fifty-One" excelle dans les scènes à rallonge, les dialogues pesants et la réalisation pleine de symboles. Longuement détesté des fans (sans que je comprenne vraiment pourquoi), Skyler prend une nouvelle dimension avec cette scène dans la piscine aussi belle que tragique. On nous renvoie à plein de moments clés ou de détails des saisons précédentes et c'est toujours bon avant de terminer une série que de nous rappeler pourquoi on la suit et ce qui la rend aussi géniale à nos yeux. Nous voilà à la moitié de la moitié de saison : Hank est promue, Skyler est en pleine dépression, Marie pose des questions qui nécessite de nouveaux secrets, Jesse aimerait un retour à la normal et Walt empoisonne lentement tout ceux qui l'aiment, tout ce qu'il touche et tout ce en quoi il croyait. Walter est mort, vive le roi. / Note : 17,5/20.

5.05 Dead Freight / Je sors tout juste du tournage d'un western, du visionnage d'un tas de westerns, de la découverte tardive de Firefly et voilà que Breaking Bad nous offre une attaque de train à la sauce Heisenberg. Un truc de malade, un concentré d'action et de suspense au beau milieu d'une saison qui défile à toute vitesse, avec de bons gros retournements de situations et une fin brute et cruelle. Et oui, Landry a remis ça, sauf que contrairement à la deuxième saison de FNL, on y croit et que c'est exécuté (c'est le mot) avec une maîtrise incroyable. Il y a du budget derrière, des acteurs qui se donnent à fond et une belle décontraction malgré toute l'ampleur de la situation. La nouvelle dynamique entre Walt et Skyler passionne également et offre un contre-point intelligent. "T'as enterré des cadavres ?", demande l'épouse en pleine désillusion. "Non. J'ai dévalisé un train", répond Walter, qui se prend plus que jamais pour Jesse James. Si le prix à payer pour réaliser ce genre de coup de maitre et devenir le meilleur est de se séparer de ses gosses et de devoir supprimer ceux des autres, advienne que pourra. / Note : 17,5/20.


5.06 Buyout / Une scène d'introduction bouleversante avec cette moto déconstruite et le retour des barils mortuaires. Plutôt que de confronter directement Walt et Jesse au sujet de l'empoisonnement de Brock, les scénaristes ont préférés mettre un peu de distance entre les deux partenaires en laissant Landry se charger d'un nouveau meurtre. Niveau symbolique, on est encore servi, avec la perte de l'innoncence, tout ça. Elles sont loin les joies de l'enfance, les premiers pas dans le camping-car et les frissons des débutants. Seul Robb peut encore s'en exciter. Les autres n'ont plus d'illusion et voilà Mike et Jesse sur le départ. Sauf que Walt est désormais tellement aveuglé par sa quête de maîtrise et de domination qu'il voit ça comme un vrai outrage et expliquer dans un beau monologue (et dans l'une de ses rares scènes avec Jesse cette saison) ses motivations. La série utilise son passé, évoque "Grey Matters" et nous en dévoile plus sur la véritable nature de Walt, sur son éternel frustration. On aurait presque envie de s'attacher à lui de nouveau, de prendre en pitié ses contradictions. On a presque envie de crier au génie lorsqu'il parvient à s'échapper de ses liens à coup de chalumeau électrique fait maison. Et quand il dit que "tout le monde peut en sortir gagnant", on aurait presque envie de le croire. Tout est parfaitement dosé dans cet épisode et même si, comme sur tout le reste de la saison, Walt est plus que jamais au centre du récit, on prend un vrai plaisir à suivre Hank à son nouveau poste et on est conquis par la justesse d'Anna Gunn et de son personnage, très touchant cette année. Et l'épisode sait aussi nous offrir la scène la plus drôle de l'année où Jesse comble un silence embarassant en évoquant les lasagnes bon marché. Un duo Jesse/Skyler ne me semble pas improbable pour la suite... / Note : 17/20.


5.07 Say My Name / Je craignais ce moment depuis le début de saison. À force de rendre le personnage de Jonathan Banks aussi géniale, il fallait bien que tout se termine mal pour lui. Pour un vieux de la vieille comme Mike, qui a toujours tout fait pour retomber sur ses pattes avec dignité et dont le fonctionnement est à l'opposé d'un Walt, voir l'argent de sa petite fille disparaître est déjà tragique. Mais alors cet affrontement final qui se termine sur un nouveau coup de tête de la part d'un Walt en roue libre, c'est plus que tragique. C'est épouvantable. Et superbe également. À force de se la jouer western crépusculaire, il fallait bien que cette saison nous amène au bord de la rivière au crépuscule, pour ce qui reste l'une de mes scènes de mort favorite à la télévision. "Shut up and let me die in peace". Mike aura été un personnage parfait du début à la fin, qu'il reste en paix. Au moins, sa mort aura pour mérite de faire culpabiliser Walt pour la première fois depuis longtemps. Pas facile de rationnaliser sa connerie. Ses piètres excuses sont bouleversantes. Déjà dans le panthéon de mes épisodes favoris de la série. Oui, j'ai pas peur de balancer des généralités pareilles, pas devant un Breaking Bad aussi réussi. / Note : 18/20.


5.08 Gliding Over All / Il semble que l'on pense tout et son contraire de ce "mid-season finale". Il est parfait pour certain, ridicule pour d'autres, inégale pour la plupart. J'avais ressenti tout ça l'an dernier face à "Face Off", mais là je dois avouer être entièrement conquis. La montée en puissance de Walt est rapide, crédible et tout à fait en accord avec tout ce qu'on nous raconte aussi bien depuis sept épisodes. Je suis loin d'être lassé par les montages musicaux, surtout lorsqu'ils sont aussi jouissifs que ce bain de sang en prison ou cette démonstration incroyable de l'usine Heisenberg. Et je ne m'attendais pas du tout à voir le chimiste prendre sa retraite aussi tôt. C'est normal après tout : il a perdu son plus fidèle allié, Mike ne peut plus nettoyer derrière lui, il n'a plus de concurrent direct et de l'argent pour sept générations. Il domine. Il n'y a plus rien à conquérir. C'est une décision couillu de la part de Gilligan et de son équipe et cela redistribue complétement les cartes pour la saison suivante. Avec sa découverte, Hank a désormais le pouvoir. Ce flash-back rapide est aussi jouissif que tragique. Parce que je me suis rendu compte à ce moment précis que j'étais autant du côté de Walt que de son beau-frère. C'est excitant pour la suite. Et je retiendrais surtout sa visite chez Jesse. Elle sonnait comme un adieu et on sent la fin de série approcher à grands pas. Putain, dix mois quand même... / Note : 18/20.


Bilan de la saison / C'était une bonne idée finalement ce nouveau format. Aucun temps mort, aucun effet de style gratuit, juste de la maitrise et un bonheur de téléspectateur sans cesse renouveller par l'ingéniosité retrouvée de la série. Un sens du toutéliage phénomènale, des scènes fortes, un casting qui n'a jamais été aussi bien exploité et parmi mes plus grands frissons télévisuelles de l'année. Espérons juste que la deuxième moitié de saison saura redonner à Jesse une place plus centrale. Parce qu'après Gus et Mike, c'est à lui de jouer maintenant. Et j'ai hâte également de partager les dilemnes qui vont parsemer l'enquête d'Hank. J'ai hâte. / Ma note : 17/20.

Commentaires

Articles les plus consultés