1.18 Sauve Qui Peut


BILLY - S01E18 Sauve Qui Peut par billylaserie

Résumé : C'est l'exode à Lincoln City : tout le monde fuit la ville de peur que les Régulateurs ne viennent riposter. Tandis que McSween s'enivre dans son bureau, Pat Garrett se réfugie au saloon et apprend une terrible nouvelle concernant Madame Jones... 

Commentaires : La propagande aura fini par se retourner contre Alexander McSween : à force de dire du mal des Régulateurs, il aura fini par convaincre les habitants de Lincoln City. Voilà alors que tout le monde se fait la malle et laisse la ville déserte, fantôme. C'est ce que je voulais retranscrire avec "Sauve Qui Peut" : l'aspect "les derniers jours de Rome" et la "chute de l'empereur". Du péplum en mode western. Avec un dictateur dans son bunker qui parle à une foule imaginaire. On imagine ce qu'on veut : que McSween est enivré par le pouvoir, enivré par de l'opium ou tout simplement complètement fou. La seule chose sûre, c'est qu'il est pathétique, lâche et seule. Abandonné tout comme la ville qu'il a tenté de s'approprier. Et tout ça sans grabuge : juste par la peur. La légende est en marche : Billy n'est toujours qu'un gamin mais aux yeux de tous, il est déjà "Billy the Kid", un grand bandit. Comme si son ombre agrandie et déformé planait au dessus de Lincoln City comme une menace allant même jusqu'à terrifier McSween. Alors advienne que pourra. Après moi, le déluge. Et sauve qui peut. 

C'est le moment que choisit Pat Garrett pour revenir en ville et lors de sa discussion avec Phil le barman, il découvre que la fusillade à laquelle il a participé a déjà pris une dimension complètement disproportionnée dans l'esprit des gens. Et Phil, c'est un personnage qui me sert clairement à représenter les gens, les médiocres, la populasse, ceux qui n'iront pas chercher plus loin que ce qu'ils entendent. Ceux qui vont participer à faire de William McCarthy une légende telle que Billy the Kid. Mais Garrett, lui, connaît la vérité. Et s'inquiète pour son protégé qu'il vient de nouveau d'abandonner. Jusqu'à ce que tombe la terrible nouvelle (et j'espère vraiment que la lettre est suffisamment lisible pour vous) : Alice n'est plus. La mère fondatrice a trouvé la mort, loin d'ici, pendant que Pat aidait William à jouer aux cow-boys. 

Lorsqu'il débarque dans le bureau de McSween, il espère l'éliminer, dans un accès de rage. Mais McSween a déjà foutu le camp, comme tout le monde. Telle une drama queen ou un Marc Antoine enveloppé dans son grand drap, il a fait une sortie majestueuse. Et Garrett est seul en ville. Le dernier homme alors que tombent les bombes. Il prend la place du tyran, s'enveloppe dans son drap et prend lui aussi une allure dramatique. Il a tout perdu : plus d'endroit où aller, plus de femme à aimer, plus de fils spirituel à guider. Juste sa bouteille. Ce trou perdu du Nouveau-Mexique. Et beaucoup de solitude. Et si tout avait commencé ainsi pour McSween ? Et si lorsqu'il faudra reconstruire la ville, l'histoire se répétait ? Oui, je suis excessivement lyrique. Mais je voulais un épisode lyrique. Théâtrale. Péplumesque. Je voulais avec nos petits moyens donner de l'ampleur au récit. 


Anecdotes : Et je n'aurais pas pu le faire sans un comédien comme Simon. On lui reprochait au départ de surjouer et je continue à défendre sa performance en expliquant que c'est exactement ce que je voulais : un méchant théâtrale, imbu de lui-même, avec un grain de folie et un aspect drama queen parfaitement assumé. "La Paix des Braves", c'est ce personnage à son apothéose, le dernier sursaut de McSween, son adieu à la scène et au public. Pour tourner ça, on a enfermé Simon dans le bureau, on lui a fait répéter son discours un millier de fois sous plein d'angles différents. Et on a lancé la chanson de Karen Dalton pour qu'il improvise. On a gardé le meilleur pour le montage finale. Et ce fut une belle expérience de mise en scène et de tournage. Merci à Simon pour avoir joué le jeu encore mieux que je ne l'aurais imaginé. Tout comme Marc avait fait du shérif un abruti qu'on finissait par bien aimer, Simon aura fait de McSween un illustre connard auquel on finirait presque par s'attacher. 

Et puis il y a Jean-Baptiste qui continue d'ajouter des nuances à son personnage de Garrett et de le rendre plus complexe au fur et à mesure qu'il s'éloigne de celui qu'il était en débarquant en ville, quelques épisodes plus tôt. Avec Simon, ils portent un épisode pas forcément évident puisque la plupart des personnages centraux y sont absents. Mention spéciale à Pierre également qui a eu là l'occasion de prendre plus de place grâce à son personnage de barman. Ce n'est pas évident et il s'en sort très honorablement. Oui, j'aime mes comédiens et je profite de cette tribune pour le signaler. 

Les scènes d'exodes furent filmés très tard. Le jour de mon anniversaire, en pleine canicule. Et je ne devrais pas vous le dire et briser la magie du cinéma mais soyons fou : derrière ces costumes et ces silhouettes qui prennent le large, on retrouve McNabb, Buckshot, ou bien Alexis Marchal (compositeur et futur comédien de la série) ou bien Aurélien, notre réalisateur. Quand on a pas beaucoup de moyens et pas le temps d'embaucher des figurants, voilà ce qu'on fait. L'aviez-vous remarqué ? 

Musique : "Are You Leaving for the Country?" de Karen Dalton. Les paroles de la chanson collaient tellement bien à la situation qu'elles figuraient déjà dans la première version de mon script. Et pour rajouter un peu de mysticisme au tout, on a décidé d'enchaîner avec une version à l'envers... C'est la deuxième fois que j'utilise du Karen Dalton dans la série et je ne peux que vous conseiller d'aller découvrir son univers, de vous laisser porter par la voix de cette figure tragique de la musique américaine. Je vous laisse donc avec le texte du morceau, un hymne à l'exode. 

"Are you leaving for the country?
You say the city brings you down
Leave the iron cloud behind and feel the circus moving on

Do you feel like something's not real?
Let the Spirit move you again"

La semaine prochaine : Le doux soleil de Californie...

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