Bilan Saison 2

Revisitons cette deuxième saison en dix questions. Car je suis comme Lena Dunham : je pourrais faire mieux mais je suis mon instinct et mon instinct me dit que j'ai pas le temps de faire mieux et que dix questions suffiront. Ok ? 

1) Dylanesque, est-ce que tu as aimé la deuxième saison de Girls ? 

Pas autant que je l'aurais voulu. Car je veux aimer Girls comme je l'ai aimé lors de sa première saison. Avec la même fraîcheur et toute la sympathie que j'éprouvais à l'époque pour une série qui se cherchait et se trouvait souvent. Ou tout du moins, savait viser juste sans avoir à lancer trop de flèches dans tous les sens (métaphore bidon ?). Là, c'était plus compliqué. D'abord, il a fallu faire un effort considérable pour ne pas prêter attention à toutes les critiques navrantes qui s'en prennent à Dunham pour des prétextes complètement idiots et principalement, par jalousie. Ensuite, j'ai dû regarder ces dix épisodes dans une ambiance tout à fait différente qu'à l'époque des dix précédents, où il était souvent tard dans la nuit, où il faisait chaud dehors, où mon état d'esprit était encore plus proche de celui d'Hannah Horvath. Où l'identification prenait parfois le pas sur mon jugement et m'empêchait de trop m'arrêter aux maladresses de la jeune scénariste. Là, c'était plus compliqué. 


2) Tu ne cesse de répéter que là, c'est plus compliqué. Tu peux développer ? 

Oui. C'est plus compliqué car je sais ce que Dunham veut faire et je sais du coup qu'elle aurait pu faire mieux. Elle fait ce qu'elle veut hein, je ne me suis pas amusé à me créer trop d'attentes car un public avec des attentes est le pire des publics. Mais j'ai l'impression de savoir exactement comment Dunham s'y prend pour écrire sa série. Comment elle puise dans sa propre expérience et balance un tas de sentiments ultra-sincères et ultra-égocentriques sur la page. Je le fais aussi et j'ai peur de vous dire que ma prochaine web-série, actuellement en tournage sera finalement assez proche de Girls, dans la démarche en tout cas (auto-promo suicidaire ?). Connaissant donc son processus de création (ou croyant le connaître), je reproche donc à Dunham de ne pas avoir su être un peu plus rigoureuse. J'aime le format libre et spontané de la série mais en voulant toucher à trop de choses, elle ne touche plus à grand chose. Et avec un peu plus de concentration, la sincérité aurait rencontré moins d'obstacles pour venir nous toucher en plein coeur. 

3) De quelles obstacles parles-tu ? 

En écrivant sa saison au fur et à mesure (du moins, c'est ce que je soupçonne fortement), Dunham se prive d'une véritable construction psychologique. Exemple : les névroses d'Hannah aurait eu un véritable impact si on avait pas l'impression qu'elles arrivaient comme un poil sur la soupe pour accompagner le personnage vers la fin de saison. Je ne suis pas contre la spontanéité ou même la redondance. La vie est imprévisible et tourne en rond. J'ai compris le message. Car c'est clairement le message, s'il y a un message (et s'il y en a pas, peu importe). Mais avec une écriture un peu moins automatique, avec autre chose que de bons acteurs, de bonnes répliques et une belle réalisation, le tout aurait pu être bien plus profond. Aurait pu résonner bien plus fort et nous marquer plus longuement. Avec une belle matière et des tentatives souvant louables d'existentialisme, Dunham a trop souvent fait dans l'anecdotique cette année. Elle se ballade dans sa propre série mais a du mal à ne pas planer. À garder le cap, même sur une durée aussi courte que dix épisodes. Alors à la fin forcément, quand on a perdu trop de temps à papillonner, il faut se précipiter pour apporter une conclusion. Et on se retrouve avec un truc inégal là où il y avait clairement moyen de faire un truc sublime du début à la fin. Mais attention, tout n'est pas à jeter : quand le sublime parvient à transpirer de ce joyeux bordel, il ne le fait pas qu'à moitié. 


4) Tu nous parles d'Hannah mais qu'as tu pensé du parcours des autres personnages ? 

Là aussi, c'est compliqué. Dunham écrit très bien pour elle-même mais c'est toujours plus bordélique pour les autres. Et comme elle se retrouve aliéné du reste de ses amis pendant une grande partie de la saison, ça n'aidais pas. J'étais au départ enthousiaste à l'idée de voir Marnie s'émanciper, devenir presque une figure comique de la série après avoir servi de faire-valoir l'an passé. L'actrice a un beau potentiel à ce niveau-là et m'a beaucoup fait rire. Mais très vite, il y a ce vilain Jonathan Booth qui est un gimmick ridicule et le retour d'un Charlie passé du statut de boyfriend sensible à celui de gros connard qui pue la suffisance. Je m'en branle de pas aimer un personnage mais je ne comprends pas forcément qu'un personnage que j'aime aime autant un personnage que je n'aime pas. C'est comme si quelque chose m'échappait. Voir Marnie et Charlie s'embrasser tendrement à la fin de la saison m'a embêté. Est-ce que c'était là pour nous montrer que Marnie vient de tristement s'enfermer dans une relation voué à l'échec (tout comme Jessa en se mariant) ou est-ce c'était au contraire le happy ending d'un couple qu'on était sensé supporter ? 

5) C'est moi qui pose les questions. Et le couple Soshanna/Ray, ça donnait quoi ? 

Des choses très drôles au départ. Un adultère écrit un peu avec les pieds au milieu. Et une belle scène de rupture à la fin. Pour moi, Ray est la révélation de la saison et le seul personnage que j'ai réussi à apprécier du début à la fin. Je me suis autant identifié à lui que je l'avais fait avec Hannah l'an dernier. Ce que Soshanna lui reproche lors de ce dernier échange, c'est quasiment mot pour mot ce que m'a reproche celle qui a rompu avec moi récemment. Et c'est toujours étrange et fort d'en voir une version fictionnalisé. Toute l'escapade avec le chien était aussi intéressante. Et Ray marche bien avec n'importe quel autre personnage. Son duo avec Marnie ou avec Adam en étaient de parfaits exemples. C'était la force tranquille d'une saison bordélique. 


6) Tu parlais malgré tout de moments sublimes. Des exemples ? 

Pas facile finalement de se souvenir. La construction des épisodes, la manière dont j'ai regardé la saison et l'inégalité de l'ensemble empêche vraiment ma mémoire de fonctionner normalement. Mais tout de même, ce quai de gare où Ray réalise qu'il est un looser, Adam qui s'adresse aux alcooliques anonymes, Marnie qui découvre qu'elle a une jolie voix, Jessa qui vient pleurer dans la baignoire d'Hannah, la quasi-intégralité de "One Man's Trash", Hannah qui se retrouve seule dans une gare paumée et appelle ses parents pour leur avouer son amour inconditionnel. Rien que pour tout ça, cette saison n'était pas qu'une occasion manquée. 

7) Ta guest-star favorite ? 

Clairement pas Danny Glover. Même s'il était convaincant, son rôle n'était qu'un jeu méta offert par Dunham à son public et n'apportait pas grand chose au reste. C'est toujours un plaisir de voir Peter Scolari et l'ancienne mère de Lindsay Weir et Colin Quinn est parvenu à être vraiment convaincant dans les vingt secondes qui lui étaient imparties dans le rôle du mentor de Ray. C'était aussi perversement jouissif de voir Shiri Appleby se faire ainsi humilier. Allez, je dirais Patrick Wilson. "One Man's Trash" aurait pu être un petit chef d'oeuvre du calibre de "The Return" mais n'était au final qu'un très bon épisode. Le plus mémorable. Et c'est aussi grâce à lui. 

8) Adam Driver est-il toujours l'acteur le plus talentueux de sa génération ? 

Je connais pas tous les acteurs de sa génération. Mais oui, il est formidable. Plein de charisme et de talent. Imprévisible. Dans un rôle qui est devenu, hélas, trop prévisible. Le happy end avec Hannah était tout de même assez maladroit et précipité. Je me serais bien passé de cette musique assez lourdingue aussi. Mais Adam Driver reste tellement talentueux que je serais toujours plus ou moins hypnotisé à chaque fois que son personnage est à l'écran. Tout comme, malgré toute la lourdeur du personnage, Elijah me faisait hurler de rire à chaque apparition. 


9) Pourquoi tant de haine envers Girls de la part du monde ? 

Aucune idée. Cela dit, je donne quelque mois à Canal + pour la diffuser, la brandir comme SA découverte et en parler comme de "la série d'une génération" qui "fera la joie des hipsters". Putain...

10) Tu regarderas la troisième saison ? 

Bien entendu. Je crois que je n'ai jamais arrêté une série d'HBO en cours de route et surtout pas celle-là. Tiens d'ailleurs, je pense que le fait que la deuxième saison d'Enlightened, diffusée le même soir, a joué aussi dans mon appréciation de Girls cette année. Alors pour la troisième saison, je les veux séparement et pourquoi pas quand il fait chaud, quand ma névrose est plus proche de celle d'Hannah et quand Lena Dunham aura digéré son succès et ceux qui la détestent. Pour pouvoir se concentrer, savoir vraiment ce qu'elle veut et nous montrer tout ce dont elle est capable sans trop s'éparpiller. Elle a eu ses expériences mais comme dirait cette pauvre Marnie, il est temps de se poser. Pas trop mais juste assez pour qu'on puisse la rejoindre à bord de son esprit.

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