2.10 Rideau


BILLY - S02E10 Rideau par billylaserie

Résumé : Alors que l'heure de la pendaison approche, les frères Coe trouvent un moyen de s'évader. Un moyen de retrouver leurs vieux amis et d'imaginer un futur moins sombre... 

Commentaires : J'espère que vous êtes triste. C'est pas que ça m'amuse de vous rendre triste mais si vous l'êtes, c'est que j'ai réussi mon boulot. En tant que scénariste, je dois vous offrir des émotions. Avec l'aide de deux comédiens avec un énorme capital sympathie, mon boulot était donc que vous vous attachiez aux frères Coe et que, lorsque leur fin tragique arrive, ça vous attriste. Donc j'espère que vous êtes triste. 

En tout cas, moi je l'étais quand j'ai décidé que "Rideau" allait signer leur disparition. Je savais que la seconde saison serait la dernière, qu'elle serait une longue descente aux enfers et je savais que George et Frank allaient être mes premières victimes. Enfin, ce n'est pas la première fois qu'un personnage de BILLY trouve la mort mais je ne pense pas que j'avais été aussi cruel jusque là. Et qu'on ne se méprenne pas : la construction de cet épisode n'est pas juste là pour que je m'amuse avec vos émotions et que je joue avec l'effet de surprise. D'ailleurs, je ne doute pas que vous aviez deviné que tout cela n'était qu'une illusion dès le début. La manière dont les prisonniers s'échappent, dont ils arrivent au Mexique en un rien de temps, dont ce happy end sonne étrangement faux. Non, je n'ai pas essayé de jouer au plus malin. J'ai juste voulu offrir aux Frères Coe une conclusion à la hauteur de leur joie de vivre, de leur légereté et créer de nouveau un contraste entre l'idéalisme et le fatalisme. 


Si on ne l'a pas compris avant, je pense qu'il y a un moment dans cet épisode où l'on comprend que cette évasion n'était qu'un rêve : le moment où, alors que les frangins jouent leur hymne pour leurs camarades, Billy se retourne une dernière fois vers eux et leur lance un regard qui en dit long. Le regard d'un vivant qui observe la mort, qui contemple des fantômes. Quand je regarde l'épisode, c'est à ce moment que je suis vraiment ému. D'autant plus que cette chanson, c'est Quentin et Louis qui l'ont écrite spécialement pour la série, sans que je leur demande. Nous étions en train de boire une bière dans le décor du saloon, juste éclairés par une bougie, quand ils me l'ont joué pour la première fois. Même si je la trouvais parfaite (malgré un accent discutable), je ne voulais pas l'utiliser au départ. Je l'ai laissé me trotter dans la tête jusqu'au tournage de cette dernière scène. Et je n'ai pas pu résister. C'est l'hymne des Frères Coe, mais c'est surtout l'hymne de Quentin et Louis, l'hymne de notre tournage et de l'amitié qui liait chacun d'entre nous. 

Alors oui, c'était pas facile mais il fallait bien que cette pendaison arrive. Vous étiez prévenu : ils sont en prison depuis le début de la saison, leur date d'exécution a été fixé il y a déjà un moment, ce ne devrait pas être une surprise. Et pourtant, vous auriez aimé y croire à cette évasion. Si j'ai réussi mon travail, vous n'allez pas m'en vouloir. Vous n'allez pas considérer cet épisode comme un leurre, une supercherie. Non, j'espère que vous allez tout simplement savourer cette parenthèse lumineuse car, à l'image de l'ultime scène, les choses vont s'assombrir. 


Pour les curieux qui se demandent si ma version respecte la version historique, j'ai bien peur que non. Je vous rappelle que je prends d'énormes libertés et me contente surtout de suivre les grandes lignes et de piocher dans la vérité comme bon me semble. Les frères Coe étaient cousins et ont survécus bien longtemps après la guerre de Lincoln City, Frank vivant jusqu'en 1931 et George trimballant sa main à quatre doigts jusqu'en 1941, faisant de lui le Régulateur à la plus longue survie. 

Anecdotes : Quand j'ai organisé la logistique du tournage et le planning de chaque comédien, j'avais fait en sorte qu'ils puissent, dans la mesure du possible, tourner leur dernière scène en dernier. Au milieu de l'été, Quentin et Louis ont donc enchaîné leurs dernières scènes lors d'une journée assez intense émotionnellement (et en même temps assez décontractée, à l'image de Quentin et Louis).

La petite fiesta imaginaire organisée dans le bar de Sal fut de l'improvisation totale. Les deux musiciens jouaient leur morceau tandis que nous nous amusions autour de la pièce suivi par la caméra d'Aurélien et que nous fêtions (pour de vrai) le pot de départ de nos deux amis. C'était le matin, nous étions toujours un peu enrhumés mais le coeur y était vraiment. Et le plus triste fut tout de même le tournage de la pendaison. Devant un décor neutre, nous avions attaché deux cordes à une poutre et c'était quelque chose de vraiment étrange à faire. En tant que scénariste, je me sentais d'autant plus comme le bourreau de mes personnages, comme Ponce Pilate. Quentin et Louis ont joué le jeu, non sans trouver ce moment troublant. Une fois que c'était dans la boîte, ils ont fait le tour de la ferme pour dire au revoir à tout le monde et leur bonne humeur communicative, leur énergie bien à eux, a quitté les lieux. Mais comme le disait ce bon vieux Charlie, Régulateur un jour... 


Musique : Je crois avoir déjà tout dit plus haut concernant la chanson imaginée par Quentin et Louis. Et quand au générique de fin, et bien... après eux, le silence. 

La semaine prochaine : L'homme qui murmurait à l'oreille de son cheval... 

Et en attendant la semaine prochaine, j'avoue que j'aimerais bien vous revoir dans le coin. Je n'ai pas eu de retours depuis trois épisodes et vous le savez, ça m'attriste un peu. Et même si je vous ai rendu triste, ce n'est pas une raison suffisante pour me rendre triste, si ?

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