9.24-9.25 Finale

Pour la dernière fois, parlons de The Office, parlons de moi. Parlons de The Office et moi. Cette ultime review va être longue, très personnel, émouvante. Je me considère comme quelqu’un de très sensible et c’est avec les larmes aux yeux que j’ai terminé le visionnage de la série qui m’a accompagné depuis si longtemps, qui est à l’origine de la création de ce blog. Alors pardonnez-moi si ce que je vais écrire est autant à fleur de peau mais j’ai besoin de prendre le temps nécessaire pour faire mes adieux à The Office. En commençant par un résumé chronologique de ma longue relation avec elle.


9 juillet 2001 : Diffusion du pilote de la version originale sur la BBC. Je viens à peine de finir mon cycle à l’école primaire. Je ne sais même pas ce que veut dire « The Office » en français et les seules séries que je regardais à l’époque étaient Hartley Cœur à Vif, Friends et ER (mais en fermant les yeux quand il y avait trop de sang à l’écran). Mais sans le savoir, quelque chose qui allait être très important dans ma vie naissait ce jour-là.

2003 : Je ne sais plus quand exactement et je me souviens plus dans quel magazine (probablement « Episode », la référence de l’époque), mais je tombe cette année là sur un article concernant la série de Ricky Gervais et Stephen Merchant. Ma passion pour les séries était alors en pleine explosion et j’écrivais moi-même dans ma tête une sorte de « mockumentaire » sur mon collège. Alors voir que quelqu’un avait réussi avec succès à parler pendant deux saisons de la vie d’un bureau plutôt que de vampires ou d’urgentistes, ça m’avait bien plu comme idée. À l’époque, je n’avais pas d’accès à Internet alors ça en était resté là, avec l’espoir d’une diffusion française éventuelle.

24 mars 2005 : Diffusion du pilote de la version américaine sur NBC. Je suis alors à quelques semaines de la fin du collège et c’est sur un ordinateur du CDI ou chez mon meilleur ami Mathieu que je me documente au sujet de cette adaptation. Comme j’allais souvent sur le site de NBC pour avoir des infos sur ER, je tombais parfois sur une photo de Steve Carrell ou de Rainn Wilson et ça m’intriguait vachement. En plus, EDUSA en parlait à l’occasion et pour moi, les rédacteurs d’EDUSA étaient alors des apôtres.

Automne 2006 : N’ayant toujours pas Internet et aucune possibilité de visionner la série dont on commençait à dire de plus en plus de bien (la miraculeuse deuxième saison venait d’être diffusée), j’ai fait un truc qui pourra sembler complètement dingue aux plus jeunes d’entre vous (oui, j’ai à peine 23 ans et je parle déjà comme ça). Toujours grâce à la connexion de mon ami Mathieu, je suis allé sur un site qui proposait les transcripts des épisodes. J’ai copié-collé les deux premières saisons sur un document Word et je me suis amusé à lire tout ça sur mon vieil ordinateur portable, machine de guerre d’un autre-temps légué par l’entreprise de mon papa. Si je ne comprenais pas encore toutes les références, je me débrouillais suffisamment en anglais (et en faisant ça, j’améliorais chaque jour mon niveau) pour prendre beaucoup de plaisir à lire ça. N’ayant vu que de rares images de la série, je devais m’imaginer la tête de certains personnages et la plupart des situations. Ce fut ma première rencontre avec la série et j’étais déjà amoureux de cette seconde saison avant même de la voir pour de vrai.


2007-2008 : Mathieu ayant enfin compris comment marchait le téléchargement, j’ai pu enfin voir en vrai. Et je me suis avalé les trois premières saisons lors d’un glorieux weekend à la fin de mon année de première. En allant ensuite squatter le CDI du lycée pour rejoindre le forum français consacrée à la série (qui a disparu mais que je n’oublierais pas) ou en lisant de très près les commentaires de pErDUSA (qui n’était plus le même mais que je suivais toujours). Je lisais des fanfictions, j’en écrivais juste pour moi-même, je bavais devant les fanarts, je regardais Office Tally tous les jours… Bref, j’étais devenu un fan, au sens noble du terme. Et parallèlement à tout ça, ma propre vie se retrouvait en effet miroir avec la romance de Jim et Pam. Je ne vais pas râbacher cette histoire, il suffit d’aller relire ce que j’en disais dans mon top 50, en évoquant « Casino Night », mon épisode favori. 

Printemps 2008 : Enfin, ma mère se décide à s’abonner à Internet. La première chose que je fais en ouvrant Google sur mon propre ordinateur pour la première fois, c’est de mettre Office Tally en favori, de trouver un fanart JAM en guise de fond d’écran et de télécharger la quatrième saison pour pouvoir enfin regarder la série en temps réel. Juste au moment où les scénaristes arrêtaient leur grève pour nous pondre « Dinner Party » et enchaîner avec des épisodes aussi mémorables que « Did I Stutter ? » ou « Goodbye Toby » (regardé à quelques jours de mon dernier jour au lycée). Des épisodes tellement mémorables que je voulait garder une trace de mes émotions face à eux. Que je voulais faire comme mes modèles à EDUSA et créer mon propre blog sur les séries. Ce fut chose fait le 22 juin 2008 quand j’ai ouvert Dylanesque TV. Et dès le troisième article, j’ai proclamé mon amour pour The Office en vous avertissant que, si vous restiez dans le coin, vous alliez en bouffer.

2009-2011 : Les saisons 5 à 7, je les ai partagés avec Romain, mon colocataire durant mes années d’étudiants. Après lui avoir passé mes coffrets DVD, nous regardions la série chaque semaine comme un rituel. Nous connaissions chaque réplique par cœur, nous tentions de développer « That’s What She Said » dans notre entourage (beaucoup de gens qui n’ont pas vu The Office utilisent cette blague à Angers encore aujourd’hui !), nous imitions la poignée de main explosif de Dwight et Andy et nous avions comme mission de prêcher la bonne parole à tous ceux qui croisaient notre route. The Office, c’est une série que j’ai aimé tout seul mais aussi l’une des rares que j’ai vraiment su partager. Ainsi, je me souviens qu’avec Romain et avec d’autres, je revisionnais l’intégrale du show pour la millième fois afin de le faire découvrir aux autres. Et je ne m’en laissais jamais. Romain, je pense à toi aujourd’hui. Souviens toi de notre enthousiasme face à la Michael Scott Paper Company. De notre émotion lors du mariage de Jim et Pam ou du départ de Michael. Je sais que, même si tu as abandonné en même temps que Steve Carrell, tu vas regarder ce final en étant tout aussi ému que moi. Et je suis triste de ne pas avoir pu le regarder en ta compagnie.

2012-2013 : Des années plus difficile, autant au niveau personnel que concernant la série. Vous le savez tous, la qualité n’a pas vraiment été au rendez-vous ces deux dernières années. Mais je m’évertuais toujours à garder espoir et à chroniquer sans relâche chaque épisode à travers des reviews mêlés d’espoir et de colère, mais jamais d’indifférence. Je l’ai défendu partout puis je l’ai maudis aux mêmes endroits, mais avec toujours beaucoup de passion. En continuant de suivre de très près son actualité, en visitant Office Tally tous les jours, en regardant les promos de chaque épisode en espérant que celui-ci serait le bon, celui qui ravirait la flamme passée. J’ai tenu bon, prouvant au monde ce que voulait vraiment dire être un fan INCONDITIONNELLE. Et ce jour tant attendu est arrivé. Aujourd’hui.


Parlons donc de ce final. Qui est un miracle. Parce qu’après une saison entière à désespéré chaque semaine de voir Greg Daniels nous offrir quelque chose de consistant, voilà enfin que la magie opère. J’avais déjà bien préparé le terrain en me mettant dans les conditions parfaites pour apprécier comme il se doit cet ultime épisode. Après avoir consacré la semaine entière à différents hommages sur mon blog (encore un grand merci à Drum, Gibet, Nico, Tom et tous ceux qui y ont contribués de près ou de loin), j’ai hier soir passé la soirée à revoir des extraits, des montages sur Youtube, à lire tous un tas d’articles et d’interviews pour me préparer psychologiquement. Aujourd’hui, j’ai quitté le travail à midi avec un faux prétexte pour rentrer chez moi (j’avais déjà fait le coup en loupant des examens pour dire au revoir à ER et Friday Night Lights), fermer les rideaux, couper mon téléphone et me mettre devant mon écran. En commençant par la retrospective proposée par NBC qui pour une fois, n’a pas raté son coup. Le mélange d’images d’archives (l’audition de John Krasinski), de larmes du cast et de musique triste m’a déjà fait pleurer plus que je ne l’aurais cru possible.

J’étais donc parfaitement conditionné à être ému par ce final et à pardonner à Greg Daniels et son équipe tous leurs récents faux pas. Au début, ce n’était pas gagné. La première partie de cet épisode extra-large navigue de manière parfois un peu poussive dans une forme d’humour un peu lourdingue qui est caractéristique des dernières saisons. Mais le bond dans le temps a permis d’évacuer pas mal de choses problématiques et de rentrer dans le vif du sujet et des émotions. En voyant Kevin se faire renvoyer, Devon se faire réengager et d’autres figures secondaires faire une apparition, on prend d’emblée notion du temps qu’on a passé à regarder la série et on est plongé dans une douce mélancolie. Très saturé de gags lourdingues sur les vingt premières minutes, mais présente tout de même.


L’équilibre est alors trouvé et ce qui s’ensuit est juste parfait. Greg Daniels a visé juste et a su rendre hommage à chaque personnage (le mystère Creed, les parents d’Erin, Toby et son ultime victoire, Ryan et Kelly forever and ever), à chaque relation (Jim et Pam bien dont la conclusion est hautement satisfaisante et méritée mais aussi Dwight et sa « best friend » Pam, Jim et son ultime farce à Dwight, Angela et Phyllis réconciliés, Stanley et Phyllis réconciliés, beaucoup de belles réconciliations qui ne sont jamais forcés), à chacun de nos souvenirs (le tableau de Pam, « Office Olympics », le gamin de Meredith), à tout ce qui fait que l’on a autant aimé la série et surtout, au protagoniste principal du show : le bureau. Comme le Cook County Hospital dans ER, ce sont les bureaux de Dunder Mifflin Scranton qui sont le symbole de cette longue aventure et c’est pourquoi finir sur une image de ces bureaux était parfaite.

Vous savez ce qui était parfait aussi ? Mais alors vraiment parfait et surprenant et réalisé avec beaucoup d’intelligence ? Non, je ne vous le dirais pas. Je ne veux pas ruiner la surprise. Si vous l’avez vu, vous savez de quoi je parle. PARFAIT. Deux répliques que je n’aurais pas mieux écrite. Oh… C’est à ce moment là que j’ai commencé à pleurer comme un bébé (pour de vrai et comme je ne l’avais pas fait depuis le final de Six Feet Under) jusqu’à la fin. Personne n’est oublié, de David Wallace à Carol en passant par Mose et on n’oubliera personne tellement chacun termine sa course sur une note inoubliable.

Et puis il y a ces dernières minutes où l’on passe un moment privilégié avec nos vieux amis, à contempler comme eux le bureau pour la dernière fois. À échanger quelques accolades et souvenirs. Rien n’est à jeter et tout est beau à pleurer lors de ces ultimes confessions à la caméra. Je suis ravi que Pam ait le dernier mot et j’ai enfin compris les motivations de Jim et j’ai pleuré à chaque fois qu’un personnage me regardait droit dans les yeux pour me dire adieu. Et vous savez quoi ? C’est Andy qui se retrouve avec la plus belle réplique. Celle qui a le plus résonné en moi et le plus ému. Ce bon vieux Nard Dog fut très touchant dans ce final et méritait bien ça, cette ultime rédemption : « I wish there was a way to know you’re in the good old days before you actually left them.”


En français et adapté à ma façon, ça donne ça : “j’aimerais qu’il soit possible de savoir quand on passe les meilleurs moments avant qu’ils ne se terminent à jamais ». Ca me touche en plein cœur. Car je passe ma vie de mélancolique à essayer de capturer ces moments. À me raccrocher au bon vieux temps. Toujours en vain. Et le message de ce final, c’est qu’il faut les vivre. Même si on les filme, même si on les écrit ou qu’on enregistre chaque moment de notre vie, elle passera toujours à la même vitesse et la seule solution nous appartient. Il nous appartient de la savourer.

De 2006 jusqu’à aujourd’hui, The Office m’aura en tout cas accompagné chaque jour et à chaque moment important de ma vie, alors que je passais de l’adolescence à l’âge adulte. Elle a développé mon sens de l’humour, elle m’a appris de nombreuses choses sur l’écriture et la manière dont on peut mélanger le doux à l’amer, comme dans la vraie vie. J’aurais aimé chacun de ces personnages de tout mon cœur et chacun de ces acteurs aura toujours une place très spéciale en moi. Je vais continuer de revoir encore et encore chacun de ces épisodes, de les partager avec les gens que j’aime et de les chérir comme au premier jour.

Et même si je sais que je vais revoir tout ça en boucle, je suis triste aujourd'hui. Car je ne pourrais plus jamais visiter Office Tally pour lire les dernières infos concernant la série, me réveiller le vendredi matin en lisant les reviews du dernier épisode. Je ne pourrais plus assister à des réunions en salle de conférence, à des moments de tendresse de mon couple favori, aux dernières inventions de Dwight. Je ne pourrais plus traîner à la comptabilité avec Angela, Oscar et Kevin, à l'annexe avec Toby, Kelly et Ryan, je ne pourrais plus me balader dans l'entrepôt ou voir un feu d'artifice du haut du toit ou depuis le parking de Dunder Mifflin. Je ne pourrais plus continuer à vivre ma vie chaque saison en compagnie de tous ces vieux amis. 


Oui, je sais, ce n’est qu’une série. Mais c’est ma série. Oui, je sais, il y a des choses plus importantes, des choses que je devrais prendre plus au sérieux. Mais comme me l’a appris The Office, je suis convaincu qu’il faut toujours garder intimement lié la réalité à la fiction. Car le jour où j’arrêterais de garder une place aussi grande dans mon cœur à la fiction et à mes œuvres favorite comme The Office, sera le jour où je quitterais pour de bon l’enfance. Et je ne veux jamais que ce jour arrive. En attendant, je regarderais toujours The Office en pensant au bon vieux temps.

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