Bilan Saison 1

Il aura suffi d'une promotion à la Fnac pour qu'après toutes ces années, je m'attaque à The Wire. Même si ça me démange depuis toujours, j'avais repoussé ce moment pour un tas de raisons. La première étant que je n'en pouvais plus d'entendre parler de la meilleure série du monde sans arrêt, souvent de la part de gens qui ne l'avaient jamais vu non plus. Et ceux qui l'avaient vus ne faisaient que renforcer mes aprioris. Visionner enfin cette première saison a détruit la plupart de ses appréhensions et fut une très bonne expérience, qui dura à peine une semaine tellement je me suis plongé là-dedans avec appétit. Comme si ces années d'attentes étaient nécessaires et que j'étais arrivé à maturité pour enfin regarder The Wire et l'apprécier à sa juste valeur et comme je l'entendais. 


Comme avec Les Sopranos, ce qui me freinait au départ était l'impression d'avoir déjà vu la série. À force d'en entendre parler, de lire à son sujet et de me faire spoiler, j'avais l'impression de déjà connaître les personnages, les intrigues, les aboutissements du récit. À force d'entendre parler d'une série qui ne laisse rien au hasard, qui se déroule comme un roman écrit avec précision et aussi réaliste qu'un Zola, j'avais peur d'une série hermétique, chirurgicale, froide. Et à force de lire qu'il n'était pas facile de rentrer dedans tellement David Simon ne nous prenait pas pour un con et que la galerie de personnages était foisonnante, j'avais peur de ne pas réussir à passer le cap de ses fameux premiers épisodes qui sont comme une montagne à surmonter avant de voir l'horizon. Tout cela est faux. Et tout ce que j'ai entendu était soit de la publicité mensongère, soit des clichés qui ont la vie dure, soit ma propre interprétation de ce que représentait pour moi une série que je croyais connaître avant même de l'avoir regardé. J'avais tort et j'ai bien fait de réparer mon erreur. 

Non, je ne connaissais pas vraiment l'intrigue, ni les personnages. Bien sûr, je savais qu'avec cette première saison, on allait suivre une affaire d'écoute dans les cités de Baltimore, en s'intéressant aussi bien aux policiers qu'aux dealers. Je savais que McNulty était un trou du cul au fort accent irlandais, que Stringer Bell était impitoyable, qu'Omar était cool et que Bubbles était hautement attachant. Mais ils n'étaient pour moi que des figures emblématiques, pas des personnages en chair et en os. Comme lorsque tu vois un acteur en photo et que tu t'imagines déjà ce qu'il vaut alors que bien souvent, il faut attendre de voir quelqu'un bouger, parler et intéragir avec les autres avant de pouvoir le juger. Ainsi, j'ai redécouvert McNulty, Bell, Omar et les autres. Et surtout les autres, dont je n'avais pas encore entendu parler et qui m'ont encore plus marqués : qu'il s'agisse de Lester Freamon, de Bunk, de ce pauvre Wallace ou de Deangelo Barksdale. Et je n'ai eu aucun problème à me souvenir du nom et de l'enjeu de chacun d'entre eux, tout comme je n'avais eu aucun problème à me familiariser avec chacun des soldats peuplant Band of Brothers, dès mon premier visionnage. Je ne dis pas ça pour me la péter (ou juste un peu), je dis seulement que le nombre important de personnage est un faux problème et une véritable force quand on voit à quel point chacun à son rôle à jouer dans le "Game" qui est le thème de la saison (de la série ?). 


Et si en effet, rien n'est laissé au hasard et que le naturalisme est bien présent, ce n'est à aucun moment, comme j'aurais pu le craindre, en sacrifiant l'émotion. L'avantage d'avoir des personnages aussi bien interprêtrés et développés n'est pas seulement de pouvoir savourer une enquête bien ficelé ou un regard pertinent sur la société américaine et la guerre contre la drogue. C'est surtout de pouvoir s'attacher à ces personnages tous imparfaits, de pouvoir rire et pleurer avec eux, d'avoir l'impression de vivre leurs douleurs et leurs questionnements sur la vie, l'amitié, l'amour et la mort. Le fatalisme terrible de la série n'est pas seulement ironique ou journalistique : il existe car on a de l'empathie pour quasiment tout le monde, à un moment ou à un autre. On peut détester McNulty lors d'une scène pour l'applaudir la suivante. Condamner Dee pour son détachement au début de la série pour mieux être anéanti lorsqu'il est emprisonné juste au moment où sa vie aurait pu changer. Le meilleur exemple reste celui du jeune Wallace (et je n'avais aucune idée que Michael B. Jordan avait joué dans la série). Lorsqu'on le rencontre durant le pilote, il semble être la quatrième roue du carrosse en terme d'importance dans la récit. Et pourtant, rarement la mort d'un personnage ne m'avait autant bouleversé. Je ne pleurais pas comme j'ai pu le faire devant Six Feet Under par exemple, mais je n'arrête pas d'y penser depuis. Tellement de moments dans cette première saison m'ont fait ressentir un tas d'émotions contradictoires et fortes. Rien ne m'a laissé indifférent. Rien ne m'a ennuyé. C'était passionnant. 

Car oui, je peux aussi défaire mon troisième apriori sur la série : il est difficile de rentrer dedans et c'est parfois dur de tout comprendre. Euh... Bon, l'avantage que j'ai sur ceux qui m'ont dit ça, c'est que j'ai pu lire les excellentes reviews d'Alan Sepinwall après chaque épisode et que j'avais déjà rencontré David Simon sur Homicide et Treme. Mais franchement, je ne comprends pas comment on ne peut pas avoir envie d'enchaîner chaucn des épisodes de cette première saison ? Le binge-watching n'est peut-être pas la solution mais moi, ça ne m'a pas dérangé, au contraire. Je ne veux pas paraître encore une fois prétentieux, je veux juste dire à ceux qui s'inquiétaient comme moi de mettre du temps "à rentrer dedans" (je n'aime pas cette expression, excepté dans un cadre sexuelle) qu'il ne faut pas avoir de crainte et que le plaisir est quasi-immédiat. 


Je retire donc de mon premier pas dans l'expérience The Wire pas mal de choses, mais surtout : avoir appris à détruire mes appréhensions/aprioris un à un. Il n'y a aucun intérêt à la décréter meilleur série qui existe. Aucun intérêt à la comparer à d'autres séries de toute façon. Pas d'inquiétude : je vais continuer à savourer Parenthood ou Frasier sans problèmes ! Non, ce n'est pas la meilleure série qui existe, ça n'existe pas ce concept. Par contre, qui sait ? Il y a du potentiel pour qu'elle devienne l'une de mes séries favorites. Je m'incline en tout cas devant David Simon et l'intégralité du cast et je n'ai qu'une hâte : revenir de mon voyage estivale pour continuer mon exploration de Baltimore...

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