7.07 Waterloo


Une review retardée car on avait prévu avec l'amie Blackie de pErDUSA de l'écrire à deux mains. La logistique a voulu que ça ne fonctionne pas alors me voilà en solo. Je vous invite tout de même à aller lire ses impressions souvent très justes. 

"Waterloo" est pour moi un épisode parfait de Mad Men. La série m'a rarement déçu et je n'ai pas senti de baisse de qualité ces dernières années. Mais ça faisait longtemps qu'on ne m'avait pas servi un épisode entier où chaque scène était nécessaire et belle et marquante. L'an dernier, avec "Favors", on y était presque. La semaine dernière, on y était presque. Là, juste avant que la série ne parte en pause, c'est la bonne. Et j'y retrouve deux moments que je prévoyais depuis le début de la série mais que je ne croyais jamais voir un jour arriver (comme les personnages eux-même peut-être) : les premiers pas sur la Lune et la mort de Bert Cooper. 

Le premier élément était prévisible, d'abord parce qu'il était historique, ensuite parce que, si je dis pas de bêtises, Matthew Weiner l'avait annoncé. Le second événement est plus inattendu (même si on me l'a copieusement spoilé sur les putains de réseaux sociaux) et les deux sont parfaitement liés. Il n'est pas né dans une ferme, il n'est pas mort en haut d'un gratte-ciel. Mais il était une sorte d'astronaute. En tout cas, l'homme le plus perché de l'agence (si l'on exclut ce pauvre Ginsberg). Un personnage toujours là où on ne l'attend pas, un vieux sage passionné d'Asie, qui pouvait être moderne un jour, réac un autre jour et qui apportait un peu de fantaisie à l'agence qu'il avait fondé. En le voyant observer l’atterrissage d'Armstrong les yeux plein d'étoiles, je l'ai imaginé tout gamin, avec la tête de Bobby Draper, en train de rêver d'un futur où l'homme atteindra l'espace. Et c'est serein qu'il a dû s'éteindre. Plus serein que tout ceux qu'il laisse derrière lui. 

Ce numéro musicale final est un hommage parfait au personnage et à son interprète. Il conclut cette première moitié de saison sur une note aussi bouleversante que légère où toute la détresse de la mort qui va nous rattraper et de l'argent qui ne fera pas le bonheur vient assombrir le tableau plutôt léger sur lequel aboutissait l'intrigue de l'agence. 


Car oui, en plus de ce décès, il s'en passe des choses chez Sterling Cooper & Associates. La musique d'ambiance était particulièrement efficace et m'a replongé d'emblée dans l'ambiance du lancement de l'agence ou de la fusion l'an dernier. À chaque moment, on nous rappelait qu'il s'agissait d'un épisode important avec des moments importants, sans pour autant nous l'enfoncer à coups de marteau. On virevolte dans les couloirs dès que les principaux partenaires se réunissent dès le début et jusqu'à ce qu'ils votent à la fin (avec toujours Harry Crane comme punching ball en toile de fond). Et on se retrouve donc avec une agence de nouveau remodelée (pour la énième fois sans trop que je m'en lasse personnellement, même si ça devenait gentiment le bordel récemment). Là, c'est juste très excitant et l'aboutissement logique d'une saison qui commençait dans la déprime totale et se termine sur une note plus légère.

Depuis combien de temps on avait pas vu les protagonistes sourirent en même temps et pour les mêmes raisons dans la même pièce ? Bien sûr, c'était plus noble et pur de les relier avec les yeux fixés sur la Lune que de les voir s'extasier devant un paquet d'argent (même si le retournement de veste de Cutler est parfait et le sourire de Joan mérité). Cette joie forcément temporaire ne résoudra en rien les blessures de chacun, en particulier pour ce pauvre Ted qui cache moins bien sa misère que Lane Pryce (qui a tremblé pendant la scène de l'avion ?). Ce qui rend d'autant plus fort le message final envoyé par le vieux sage décédé à l'ancien débutant devenant grand. Car oui, il reste sept épisodes. Pour une rechute sur le thème de "l'argent ne fait pas le bonheur" ? C'est l'un des thèmes favoris de la série et elle a toujours su trouver une nouvelle manière de nous le raconter, de manière particulièrement fougueuse ici. 


Car je philosophe mais n'oublions pas que l'épisode était très drôle. On a évoqué Crane et Cutler mais l'ami Campbell est particulièrement en forme, passant l'épisode à cirer les pompes de Don, puis à faire une tête outré face aux autres partenaires pour ensuite sautiller comme un gamin quand on lui agite des dollars (encore plus délicieux que des oranges californiennes). Et je ne parle même pas de la secrétaire de Don, qui devient rapidement ma favorite, juste derrière la Miss Blakenship. 

J'ai ri donc, mais j'ai aussi pleuré. Et ça a commencé quand Peggy se retrouve à devoir réconforter son jeune voisin. Et lui fait des promesses qu'elle aurait pu faire à son propre bébé quand elle a dû l'abandonner. Et doit lui mentir pour mieux le laisser partir. C'était bien plus subtil que je ne l'expose ici et ça m'a ému. Mais pas autant que la grande scène de l'épisode, celle de la présentation Burger Chef. Un tour de force et un bel hommage en forme de "la boucle est bouclée" à la relation entre Don et Peggy. Quand elle nous parle de la famille, de la télévision et de la quête humaine de réconfort afin de nous vendre des hamburgers, la réalisation et le talent des acteurs défoncent tout sur son passage et c'était du niveau de "The Wheel". Un vrai passage de flambeau, satisfaisant pour tout le monde. 

À l'image de ce final. Qui était très rempli et dont j'ai oublié d'évoquer la moitié des événements. Dont la véritable rupture entre Don et Megan, lors d'un coup de fil finement écrit, tout en subtilité. Dont une Sally qui n'a jamais autant ressemblé à sa mère que lorsqu'elle fume sa clope en regardant les étoiles. Dont le regard final de Jon Hamm qui va me hanter jusqu'à l'an prochain. Putain AMC... 


Qui reviendra le plus vite à la réalité malgré tout son argent ? Parce que maintenant qu'on a marché sur la Lune, il faut redescendre sur terre. Après cet épisode, me voilà toujours sur un petit nuage...

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