Souvenirs d'ER #2

Le 19 septembre prochain, ER aura vingt ans. Ce sera en tout cas la date anniversaire de la diffusion, en 1994, du pilote de la série sur NBC. Pour fêter ça, retour avec ce "magazine" sur l'histoire de la série ou plutôt, mon histoire avec la série.

WAITING ROOM / Dans la salle d'attente de ce deuxième "numéro", je trouve quelques magazines posés sur la table. Pas de Paris Match ou de Ici Paris mais un exemple de Générations Séries, une revue de référence sur le sujet, qui s'est éteinte il y a déjà dix ans. C'est le numéro 20, il date de 1997 et on retrouve le casting des premières saisons en couverture, annonçant un dossier complet lié à la diffusion sur France 2 qui devient déjà un petit phénomène. Heureux d'avoir un jour commandé cet ancien numéro qui doit aujourd'hui être bien épuisé. C'est un collector où l'on évoque aussi Chicago Hope, concurrente direct d'ER à l'époque, et X-Files, l'autre phénomène. Mais on m'appelle aux admissions et on reparlera plus tard de la manière dont la presse française a alimenté ma passion pour le Cook County. 

ADMISSIONS / Et cette fois, j'ai rendez-vous Abby Lockhart. Oui, après avoir évoqué mon personnage masculin favori la semaine dernière, c'est au tour de mon personnage féminin favori. C'est peut-être un sacrilège pour ceux qui offriraient cette place de choix à Carol Hathaway, Susan Lewis ou Elizabeth Corday mais navré, ma préférée, c'est Abby.


Même si rien n'égalera le cast des débuts, j'ai toujours eu de l'affection pour la "troisième génération". Celle qui débarque durant la sixième saison, Luka Kovac et Abby Lockhart en tête (oui parce que Cleo Finch et Dave Malucci, pas tant que ça). Non seulement il s'agit d'une saison que j'adore tout particulièrement mais ces deux-là ont su vraiment s'imposer sur la longueur et avec des personnages complexes. Les scénaristes ont voulu trop rapidement faire porter sur leur épaules un bon paquet d'intrigues en Saison 7 ou Saison 9 mais ils ont fini par trouver un bel équilibre.

En vérité, c'est Maura Tierney qui a fait le boulot. Même dans les intrigues maladroites dont je vous parlais, que ce soit l'éternel démon de la boisson (qui est bouleversant à suivre en Saison 8, beaucoup moins en Saison 14) ou ses problèmes familiaux (même chose en Saison 7, beaucoup moins en Saison 9). Quand le showrunner David Zabel tire sur la corde et fait subir tous les malheurs du monde à Abby, Tierney relève le défi et sublime sa partition. Tour à tour désabusé et lumineuse, toujours au service des patients et avec une belle ambition qui feront renaître le perso quand elle quittera sa tenue d'infirmière pour devenir étudiante en médecine. Si les romances n'étaient pas son fort (il aura fallu attendre leur mariage pour que je finisse par adhérer à son couple avec Luka et mes espoirs pour sa relation avec Carter furent bien anéantis par la Saison 9), on pouvait compter sur elle pour l'amitié : son duo avec John, avec Susan, avec Neela ou même Kerry, les scénaristes savaient créer des amitiés solides autour d'elle (pas toujours sur la longueur mais c'est déjà ça).


Suite au départ de Mark Green, les prétendants au titre de taulier et figure de proue de la série étaient tout naturellement Carter et un peu moins naturellement Kovac. C'est finalement Abby Lockhart qui menait la barque à partir de la neuvième saison et jusqu'à son départ discret mais émouvant au début de l'ultime saison (où elle m'aura bien manqué). Les scénaristes auront tout raconté à son sujet, et même tout et n'importe quoi (certains ne supportaient justement pas le Lockhart Show) mais Tierney, ses multiples coupes de cheveux, son regard espiègle et assassin et sa capacité à nous faire larmoyer sans efforts, ont su me passionner pendant très longtemps. C'était mon amoureuse quand j'étais plus jeune et, après avoir suivi le parcours d'apprentissage de Carter, c'est le sien qui m'aura marqué le plus l'esprit. Elle n'est pas la Carol Hathaway 2.0. qu'on a bien voulu nous vendre lors de son arrivée tout comme Kovac ne sera pas bien longtemps un Doug Ross du pauvre. Elle a dépasser ça très rapidement et j'ai hâte de retrouver un jour un rôle à la hauteur pour Maura Tierney.

Une scène favorite, pour finir, concernant Abby : celle où elle vient d'avoir son diplôme, à l'issue de la dixième saison. Il pleut, Carter passe la féliciter et elle saute de joie complètement trempée. Une belle victoire après avoir autant galéré. Des épisodes mémorables pour savourer Abby ? "The Visit" (Saison 7) où Sally Field joue pour la première fois le rôle de sa mère bipolaire ; "Beyond Repair" (Saison 8) où elle est proche de la rechute vers l'alcoolisme après avoir porté secours à une voisine battue par son mari (à voir aussi pour les fans de Christina Hendricks). "Skin" (Saison 11) où elle se fait kidnapper par des membres d'un gang nécessitant des soins en urgences. "Body & Soul" (Saison 12) qui retrace sa relation avec James Wood, qui joue son mentor dans un épisode concept qui est la meilleur de la saison et de très loin. Et puis "The Book of Abby" (Saison 15) qui marque son départ.


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SALLE DE RÉANIMATION / C'est dans une salle de réa (la 2, c'était ma favorite) que j'examinerais à chaque fois une saison au hasard (pas dans l'ordre, sinon je m'ennuierais). Et le tirage au sort a désigné pour débuter... la troisième saison. 

Cela vous ramène en 1996 si vous êtes américains, en 1997 si vous êtes français et en 2005 pour moi, car j'ai dû attendre la sortie en DVD du coffret pour enfin voir une troisième saison que j'avais loupé lors des rediffusions de France 2. Bien sûr, je connaissais déjà par cœur ce qui se déroulait dans ces vingt-deux épisodes, je n'avais juste jamais pu les voir de mes propres yeux. C'est bizarrement foutu mais oui, c'est l'une des saisons d'ER que j'ai vu en dernier.


Il m'arrive de considérer les trois premières saisons comme un premier cycle, une sorte de trilogie avant que la série ne passe à sa deuxième période (Saison 4 à 6 ou 8, en gros, mais on en reparlera de ma classification). Avant que Carter ne quitte la chirurgie et que débarque de nouveaux personnages clés, avant aussi que se renouvelle beaucoup l'équipe de scénaristes et réalisateurs. En tant que dernier volet de la "trilogie", la troisième saison est marqué par une vraie noirceur et une ambiance très hivernale. Comme si la neige à Chicago avait à peine fondu entre 1996 et 1997, afin de coller au mieux à l'ambiance du Cook County. Regardez plutôt : Carol est sans-abri, Doug a une vie plus erratique que jamais, Peter voit l'un de ses étudiants faire une tentative de suicide à cause de la pression, Carter se fait briser le cœur et reconsidère ses trois années d'apprentissage en chirurgie, Jeannie Boulet apprend qu'elle est séropositive, Mark a du mal à se remettre du départ de Susan et finit par se faire violemment agressé dans les toilettes des urgences. Wow. Même si la série sait toujours contrebalancer ça avec quelques moments de légeretés (notamment grâce à une Weaver qui agit bien souvent comme comic relief à l'époque), c'est pas la joie.

Parmi les storylines qui m'ont marqués, il y a l'évolution de Carter qui s'éloigne peu à peu du mentorat de Benton pour passer sous l'aile de Mark Green et de la médecine d'urgence. C'est un arc qui avait débuté dès l'inoubliable "Garde de Nuit" de la Saison 2, qui reprend de plus belle sous le feu d'artifice du 4 juillet dans le season premiere et qui s'achève dans un season finale où Carter doit faire un choix décisif. Carter est également au cœur de la chute de Denis Gant, son camarade interne qui s'enlise dans le travail et la pression et finit par se jeter sous les rails du métro. Le moment où Benton et Carter découvrent l'identité du suicidaire qu'ils sont en train de réanimer à la fin du traumatisant "Night Shift" est un cliffangher qui reste en tête et va pas mal chambouler les habitudes de Benton justement. Le personnage traverse une vraie remise en question, enclenché aussi par le secret de Jeannie Boulet, son ancienne amante, aujourd'hui séropositive.


C'est bien durant la troisième saison que Jeannie Boulet se montrera un personnage à part entière au parcours très émouvant. Les scénaristes d'ER on su traiter son arc sur la longueur, sans prendre de raccourcis et en explorant toutes les facettes de la séropositivité : de l'évolution de la madie aux différents traitements en passant, surtout, par le regard des autres. Elle se trouvera une alliée en Weaver qui gagne ainsi en humanité et s'impose elle aussi. Bref, les deux petites nouvelles de la deuxième saison forment un beau duo cette année-là. Et le combat de Jeannie se poursuivra par la suite, même s'il n'atteindra pas de moments aussi justes et sensibles que dans la Saison 3.

L'étape importante, c'est aussi le départ de Sherry Stringfield, qui inaugure là une véritable tradition pour le casting de la série. À l'époque, c'était pas rien de dire au revoir à un personnage du casting d'origine et les scénaristes lui offrent une belle conclusion (surtout si on la compare à celle qu'ils lui offriront lors de son deuxième au revoir, en Saison 12). "Union Station" est un épisode romantique d'ER qui se concentre principalement sur les amours manqués de Mark et Susan, des Jim et Pam avant-gardistes. Ces adieux à la gare marquent surtout la fin d'une belle amitié et le début d'une longue traversée du désert pour Mark. Il peine à faire confiance à Doug, son meilleur ami, qui accumule les dérives (et qui, pour le coup, devient de plus en plus redondant). Il peine à retrouver une relation amoureuse un peu digne et ne fait qu'enchaîner les histoires sans lendemain, traverse une mini crise de la quarantaine et finit... finit par se faire exploser la gueule contre un évier dans une scène qui vous prend par surprise, à la fin de "Random Acts". Ca deviendra un procédé récurrent dans ER mais à l'époque, personne ne s'y attendait. Un événement qui va entraîner une nouvelle quête d'identité dans la saison suivante (on y reviendra) et offrira à Anthony Edwards de beaux moments d'émotion et un moyen de rendre de plus en plus complexe son personnage.


La saison est donc bien solide et bien sombre, avec aussi un lot intéressants de patients et cas sociaux. Mais pas exemptes de défauts, bien entendu. Parmi eux, j'avoue ne toujours pas avoir saisi l'intérêt de Maggie Doyle, le personnage de Jorja Fox, qui bossera aux urgences jusqu'à la cinquième saison mais qui, dès sa première apparition, ne possède pas une personnalité très engageante et n'évoluera jamais. La fusion avec les urgences de Southside permettra par contre d'avoir un Dr Anspaugh qui fera partie des figures récurrentes presque rassurantes sur le long terme. Pas très convaincu non plus par "l'épisode événement" avec un Ewan McGregor pré-Star Wars qui joue les prolos braqueurs d'épicerie et où Carol se retrouve prise au piège. C'est bien tendu comme il faut, c'est émouvant à la fin mais c'est quelque chose qu'on a vu mille fois au cinéma et à la télévision, ne valant que pour la prestation de Juliana Margulies. Je resterais aussi assez indifférent à la relation entre Carter et la pédiatre Abbey Keaton et pas toujours vraiment impliqué dans les errances de Doug Ross. Jusqu'à ce que sa réconciliation avec Carol et les belles heures de leur romance finissent par m'avoir...

Sélection S3 / "Union Station", "Night Shift", "Random Acts"

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PARKING DES AMBULANCES / Comme tous ceux qui sont parti du County (vivant), je termine ma course sur ce fameux parking où résonne les ambulances et tous les souvenirs de parties de basket entre collègues et d'adieux émouvants. Car ce que j'aimerais vous proposer avec cette rubrique, ce sont des anecdotes personnelles sur ma relation avec ER au fil du temps. 


Revenons donc à ce que j'évoquais en introduction : le rôle des médias dans ma passion pour ER. Il y avait donc des magazines spécialisés de qualité, comme Génération Séries et ses dossiers complets, comme Episode qui avait consacré quelques pages excitantes à la Saison 9 (la période séparant la huitième saison de la neuvième était celle où j'étais le plus excité au sujet d'ER). Mais aussi les programmes télé ! Oui, sans Internet, c'était le moyen le plus simple d'en savoir plus sur la série, ses coulisses et le nom de ses épisodes, que j'ai rapidement mémorisé et que je connais encore par coeur. Ma grand-mère conservait les archives de ses Télé Poche, et j'ai un classeur contenant toutes les coupures presses concernant de près ou de loin le Cook County. Parfois simplement des résumés d'épisodes ou bien de courtes interviews avec Anthony Edwards qui explique son départ, vous voyez le genre. Je les découpais et les collait au dessus de mon bureau, sur le mur de ma chambre d'enfant.

Un pote qui lui, avait Internet, a pu m'imprimer un guide des épisodes complet trouvé sur le site de référence en France, le toujours vaguement actif Urgenceslasérie.com. Il avait même réussi à copier le site sur un CD-Rom, me permettant d'y naviguer hors connexion sur mon vieil ordinateur portable. Le site contenant des résumés qui allaient rester pendant longtemps ma seule manière de connaître les premières saisons, que France 2 n'avait pas encore rediffusé pour moi. Et d'avoir quelques spoilers sur la suite. Une galerie de photos me permettait aussi d'assouvir ma passion pour Maura Tierney et quelques extraits de la bande originale rythmaient mes après-midi d'ennui pré-adolescents. En bravant l'interdit au CDI du collège, j'ai ensuite trouver la poule aux oeufs d'or avec ER Headquarters, le site de référence américain aujourd'hui disparu, qui m'a permit de perfectionner la langue de Shakespeare et d'avoir encore plus d'infos sur mes médecins favoris.


Ailleurs sur Internet, je me délectais aussi des reviews de Joma sur EDUSA qui tapait gentiment sur Gregory Pratt et les yeux de cocker de Kovac. Je ne manquais pas les annonces de la page officielle de la série sur le site de NBC et commençais à rejoindre des forums pour tailler le bout de gras avec d'autres fans : plutôt Luby ou Carby, ce genre de débats. Jusqu'à ce que j'obtienne enfin Internet chez moi, vers l'âge de 17 ans et que je lance mon propre forum, bientôt rejoint par une équipe bien motivé. Il est encore en ligne et, comme je l'expliquais la dernière fois, assez complet je pense, même si très naïf. Vous pouvez y trouver, par exemple, un guide détaillé du parcours d'Abby dans la série.

Aujourd'hui, les médias et Internet devraient reparler d'ER pour son anniversaire, après l'avoir lâchement abandonné à l'époque où France 2 faisait n'importe quoi avec la diffusion de la série et où les médecins qui passionnaient les foules étaient Gregory House et Meredith Grey. La fin d'une époque.


La prochaine fois, je pense dresser le portrait d'un célèbre docteur à lunettes et évoquer une saison dont il ne ressortira pas vivant. Vous me suivez ? Et si vous souhaitez participer à cette nouvelle lubie (que j'aimerais déclarer hebdomadaire mais ce serait sûrement vous mentir au vu de mon emploi du temps), n'hésitez pas.

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