Souvenirs d'ER #5

Le 19 septembre prochain, ER aura vingt ans. Ce sera en tout cas la date anniversaire de la diffusion, en 1994, du pilote de la série sur NBC. Pour fêter ça, retour avec ce "magazine" sur l'histoire de la série ou plutôt, mon histoire avec la série.

WAITING ROOM / Dans la salle d'attente de ce cinquième "numéro", j'aimerais parler un peu chiffres. ER, c'est 331 épisodes alors, forcément, ça nous laisse le loisir d'être encore plus obsessionnel compulsif que d'habitude et de compter tout et n'importe quoi. Avec ses nombreux changements de casting, la série ressemblait parfois à Survivor. Voyons donc qui est resté le plus longtemps en tout.


D'abord avec le casting principal (car vous verrez que ce ne sont pas forcément les plus tenaces). En première place, on a comme prévu Noah Wyle avec 254 épisodes, en prenant en compte ses apparitions en guest-star suite à son départ officiel. Juste derrière, avec 250 épisodes, Laura Innes, une Kerry Weaver fidèle au poste depuis la deuxième saison jusqu'à la treizième. À la troisième marche du podium, c'est Maura Tierney qui, mine de rien, dépasse de loin pas mal de personnages emblématiques des débuts. Vous doutiez-vous également que Mekhi Phifer apparaît plus souvent que Juliana Margulies et que Scott Grimes est juste au dessus d'un George Clooney qui n'est qu'à la 16ème place du classement ? Les derniers, tout en bas, sont David Lyons, Maria Bello et Angela Bassett qui ne cumule chacun qu'une seule saison au compteur.

Mais les compétiteurs les plus endurants sont les personnages secondaires (auxquelles je consacrerais un plus long hommage prochainement). La véritable troisième place appartiant à Laura Ceron, l'infirmière Chuny Marquez, la seule qui restera fidèle au poste de son apparition en seconde saison jusqu'au final. Deezer D. (Malik) et Yvette Freeman ("Haleh" en VO, plus connu chez nous sou le nom de Shirley)la suivent de près, ils sont eux restés actifs du début à la conclusion. À la réception, qui remporte le concours entre Jerry et Frank ? Ca se joue de peu mais c'est bien Abraham Benrubi avec 137 épisodes alors que Troy Evans en compte 129 (exactement le même nombre que Parminder Nagra pour info). Quand aux ambulanciers, la palme revient à Emily Wagner, alias Doris Pickman et ses 168 apparitions (oui, elle est au dessus d'Alex Kingston et de Sherry Stringfield). Et quel personnage secondaire récurrent ne travaillant pas au Cook County apparaît le plus souvent ? Khandi Alexander et Lisa Nicole Carson, qui joue respectivement la soeur et l'ex petite amie de Peter Benton, sont ex quo avec 29 apparitions chacune. Ca tombe bien, je parle de Benton tout à l'heure.


Mais pour finir cette folie, attardons nous sur l'équipe de scénaristes et de réalisateurs. Qui a écrit le plus grand nombre d'épisodes ? On aurait aimé qu'il s'agisse de John Wells ou de Lydia Woodward mais non, c'est bien David Zabel, le showrunner des dernières saisons, qui l'emporte avec 43 crédits. Derrière la caméra, c'est le génial Christopher Chulack qui est devant avec 43 crédits lui aussi, juste devant le non moins talentueux Jonathan Kaplan.

Rassurez-vous, je ne maitrise pas assez Excel pour vous faire des tableaux de toutes sortes. Mais s'il y a un ou une volontaire, je suis preneur. Et je continuerais sûrement de compter un truc la semaine prochaine. 

ADMISSIONS / À la sixième place du classement avec 173 apparitions, le docteur Peter Benton, notre sujet du jour. Et un personnage qui se mérite, tellement il n'est pas toujours évident à apprécier, en particulier au début de la série. Figure d'ambitieux déterminé et têtu, mentor froid et dur envers Carter et collègue au tempérament lunatique, Peter n'est pas aussi accessible et attachant qu'un Mark Greene ou qu'une Susan Lewis. De plus, comme il est rattaché au service de chirurgie, il se retrouve souvent à l'écart, ne rejoignant ses camarades que lors de traumas costauds aux urgences. C'est pourtant un protagoniste complexe qui brille justement par sa singularité et que les scénaristes sauront humaniser au compte-goutte, aidé par un Eriq LaSalle très juste dans un rôle pas évident.


Je crois bien que c'est dans les trois premières saisons qu'il est le plus passionnant à suivre. D'abord car c'est en mentor de Carter que je le préfère et puis aussi car à l'époque, les scénaristes savaient prendre le temps de lui offrir de vraies intrigues, explorées sur la durée. Le voir lui même en plein apprentissage dans un univers de compétition qui lui correspond bien, le voir soutenir une mère malade qu'il doit délaisser trop souvent et observer ses réussites et ses échecs en tant qu'enseignant. Denis Gant sera un échec évident mais Carter, s'il finit par abandonner la chirurgie, pourra toujours remercier Benton de lui avoir enseigner sans concession la persévérance. En échange, même s'il sera sûrement trop fier pour l'avouer, Peter peut remercier son élève, dont la compassion a parfois déteint sur lui.

Ca fait partie de son parcours : apprendre à mieux communiquer avec ses patients mais aussi avec sa famille, ses collègues et les femmes de sa vie. Jeannie aura pu faire les frais des lacunes du chirurgien et il faudra attendre l'arrivée par surprise de son fils pour que Peter arrive à prendre un peu de recul sur sa profession et desserre sa carapace. L'ironie du sort, c'est que le petit Reese est justement atteint d'un problème de communication : la surdité. Un combat débute qui sera bien souvent émouvant, même s'il va peu à peu enfermer Peter encore plus loin du reste des personnages : la chirurgie est relégué au second plan (et c'est plutôt Elizabeth qu'on y suit), sa romance avec Cleo Finch n'a que très peu d'intérêt et quand on revoit Peter lors des saisons 6 à 8, c'est presque toujours lié à Reese.


Le pire restera la septième saison, où il se donne la mission de sauver Kynesha, une jeune femme traînant avec le gang de son défunt neveu, ce qui entraînera une crise de jalousie de la part de Cleo et une intrigue bien ennuyeuse. Eriq LaSalle n'est pas dupe et, déçu, du traitement reçu par les scénaristes, il décide de partir. J'en parlais en évoquant la Saison 8 : sa dernière ligne droite, très axé sur un combat judiciaire autour de la garde de son fils face au beau-père recasté de ce dernier, ne sera pas passionnante. Mais son dernier épisode, "I'll Be Home For Christmas", rendra un bel hommage à tout ce qui faisait le charme du personnage, notamment ses talents de chirurgien et l'amitié qu'il a développé avec Carter.

Ce que je retiendrais, c'est sa relation avec Elizabeth qui a su également lui apporter plus de légèreté. La manière dont il fut présent pour Carter lorsque celui-ci sombra dans les anti-douleurs, après la mort de Lucy. Et son séjour au bord du Mississippi, dans l'excellent "Middle of Nowhere", excursion traitant de la médecine en campagne et du racisme qui colle toujours à la peau du Sud. C'est d'ailleurs par l'intermédiaire de Peter que ce sujet sera régulièrement abordé ce sujet. C'est l'autre aspect qui fait que la Saison 7 ne sera pas totalement inutile pour lui : sa lutte contre la discrimination des internes face à l'administration et à un Romano insensible à la cause. Eriq LaSalle a pu incarner un personnage afro-américain au casting principal d'un grand succès de network sans jamais qu'on le définisse par ça ou qu'on se souvienne de lui par ce simple fait. On se souvient de lui pour un personnage atypique et une évolution qui, bien qu'inégale vers la fin, n'a pas manquer d'être sensible et passionnante à de maintes occasions. Et ce fut un immense plaisir de le revoir une dernière fois lors de l'ultime saison, au chevet de Carter, bien entendu. 


Et pour ceux qui sont encore réfractaires à Benton, je leur conseille le visionnage de "The Birthday Party" (1x17), "Motherhood" (1x24), "Post Mortem" (3x12), "Middle of Nowhere" (5x16) et "I'll Be Home For Christmas" (8x10). 

***

SALLE DE RÉANIMATION / C'est dans une salle de réa (la 2, c'était ma favorite) que j'examinerais à chaque fois une saison au hasard (pas dans l'ordre, sinon je m'ennuierais). Et le tirage au sort a désigné... la treizième saison. Car oui, il va bien falloir aussi évoquer les saisons les moins réussis.

Si j'ai eu de la patience lors d'une onzième saison inégale (LIEN !!!) et que j'ai même réussi à tenir le coup devant une douzième saison globalement médiocre, c'est celle-ci qui m'a achevé. On pourrait pourtant, et certains optimistes l'ont fait, voir un vent de renouveau souffler sur la série, qui est presque en plein reboot. Le générique est "modernisé" (sacrilège), des nouveaux débarquent pour jouer les versions 2.0. des anciens (Gates, incarné par le pas toujours supportable John Stamos, est une version revisitée et fade de Doug Ross) et les anciens sont poussés vers la sortie (c'est la dernière saison pour Kerry Weaver et Luka Kovac, les deux vétérans). Clairement, le message est lancé : il faut concurrencer Grey's Anatomyalors rajeunissons tout le monde, concentrons nous sur les romances et poursuivons les rebondissements soapesques jusqu'à la surenchère. Suite au départ de Carter, c'était déjà vers quoi se dirigeait la saison précédente mais sans l'assumer à fond. Là, plus de doute : une nouvelle ère débute (et même France 2 y croit puisque, pour l'occasion, elle reprogramme la série en première partie de soirée, durant... l'été... nouveau sacrilège).


Au départ, je n'étais pas complètement fermé à cette refonte : quitte à continuer, la série avait en effet besoin d'air frais et de sang neuf. Et le début de saison donne presque envie d'y croire : après avoir conclu dans la surenchère le cliffangher bien démesuré de l'énième fusillade au County et après avoir consacré un épisode très correct sur la naissance compliquée des enfants d'Abby et Luka, les affaires reprennent avec un "Somebody To Love" ne manquant pas de charme : on veut nous montrer Pratt et Morris comme les piliers (presque) crédible du service, la chirurgie est remise sur le devant de la scène, Busy Philipps (Freaks & Geeks et Cougar Town) débarque dans la peau d'une étudiante en médecine attachante, on nous promet une intrigante intrigue avec Forrest Whitaker et, surtout, John Mahoney (Frasier) vient livrer une belle performance dans le rôle d'un vieil homosexuel agonisant. C'est le premier patient de Gates, un personnage qui, bien qu'il manque totalement d'originalité, s'intègre assez rapidement à l'équipe. Hélas, ce bénéfice du doute ne va pas durer très longtemps...

Non, Pratt et Morris ne sont pas prêt à mener la barque. Et c'est donc vraiment dommage de voir Luka, celui qui devrait être le pilier de la série, être complètement isolé et affaibli par l'intrigue bancale de Forrest Whitaker, qui surjoue plus que de raison. Tout ça pour le faire démissionner juste avant son mariage et repartir en Croatie sans plus de cérémonie. J'avais vraiment confiance en Luka pour être un leader, et celle qui a tenu le truc sur ses épaules, c'est de nouveau Abby. Mais même Maura Tierney ne peut accomplir de miracles et son statut de nouvelle mère et de futur mariée l'accapare hélas un peu trop à mon goût, l'éloignant trop souvent des patients. Pratt est bien là mais ne semble rien avoir appris de son séjour au Darfour, continuant à changer de personnalité sans arrêt sans être un médecin particulièrement attachant. Mais tout comme Morris, il est sur la bonne voie et, tous les deux, je commence à les tolérer à partir de cette saison. Peut-être que l'ancienneté commence à jouer et que je réagis en comparaison avec un Gates ou un Ray qui me font relativiser. Le premier est, comme je le disais, un Doug Ross 2.0. empêtré dans une histoire familiale vu et revue tandis que le second est devenu un amoureux transi qu'on ne voit quasiment plus au contact des patients. Un électron libre mou, en quelque sorte, alors qu'on nous vendait au départ ces deux là comme du sang neuf et vif.


Et quand j'acclamais le retour en force de la chirurgie, j'étais loin de m'imaginer à quelle vitesse j'allais déchanter : alors qu'elle le méritait complètement, Neela ne sera pas une Benton ou une Lizzie nouvelle génération. Non, tout ce qui intéresse les scénaristes, ce n'est pas son apprentissage, mais bien ses histoires de cœurs. Et il y a de quoi faire car cette saison, tout le monde veut coucher avec Neela. Je dis coucher car ça se résume trop souvent à ça, il fallait bien une dose de "sexy" forcé pour concurrencer Shonda Rhimes. On a donc Gates qui s'amourache d'elle (et elle qui fait des rêves érotiques de lui...), Ray qui est toujours fou amoureux de son ancienne colocataire et continuera à insister jusqu'à ce qu'il en perdre les jambes, Dubenko perd son statut de potentiel mentor attachant en s'y mettant aussi très maladroitement et on a même une collègue interne qui lui fait du charme. Tout cela alors que Michael Gallant, son mari, vient de mourir en Irak ! Ca prend beaucoup de temps d'antenne et n'aboutit à rien, si ce n'est à ruiner complètement le personnage de Parminder Nagra, qui était pourtant une valeur sûre depuis son arrivée et était très prometteuse depuis son arrivée au bloc opératoire. Non, elle sera un objet de désir et de romance, point barre et en deviendra même quelqu'un de très désagréable à cotôyer, ce qui ne fera qu'empirer jusqu'à la fin de la série.

Je vous épargne les énièmes soucis de Samantha et de son gosse, ça implique cette fois sa grand-mère et un infirmier fadasse, c'est bien souvent dénué de tout intérêt. Et je ne vous cache pas que voir Kerry Weaver prendre le large au milieu de tout ça est triste mais presque réconfortant. Laura Innes méritait mieux que quelques apparitions bien trop dispersés et son personnage devait partir sur une bonne note plutôt que dans l'oubli total, à la Susan Lewis. Après une belle intrigue dans la saison précédente la voyant se faire enfin opérer de la hanche et marcher sans béquille, Kerry retrouve l'amour (c'est très vite expédié en début de saison mais si, si, elle retrouve l'amour) et part refaire sa vie loin de Chicago. Sa scène d'adieux, elle la partage avec Luka et c'est très émouvant (même si mélangé à un paquet d'autres scènes dont on se contrefout).


Avec l'arrivée de Stanley Tucci dans le rôle d'un énième nouveau chef des urgences vers la fin de saison, on a un nouvel espoir. On a déjà vu mille fois quelqu'un débarquer pour tout arranger à sa sauce et créer la zizanie au Cook County mais le docteur Moretti ne manque pas de charisme et remet en effet un peu d'ordre dans une série qui baignait presque exclusivement dans le soap depuis trop longtemps (le mariage d'Abby et Luka étant l'apothéose de ça et de l'humour potache qui s'est installé). Mais ses tentatives seront de courte durée car voilà déjà le season finale et son lot de cliffanghers idiots, le pire étant probablement la révélation du sort de Ray et une Neela déboussolée qui se fait piétiner au milieu d'une manifestation. Ridicule.

À ce moment là, mes espoirs étaient au plus bas. Mais je croyais encore en Abby et même au nouveau, le docteur Moretti. Puis arrive la Saison 14. Qui ira aussi ruiner ces deux-là et faire pire que celle-ci.

Sélection S13 / Euh... "Bloodline". Et "A House Divided" peut-être, juste pour la scène d'adieux de Weaver. Et "I Don't" peut-être, juste pour le fun. 

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PARKING DES AMBULANCES / Comme tous ceux qui sont parti du County (vivant), je termine ma course sur ce fameux parking où résonne les ambulances et tous les souvenirs de parties de basket entre collègues et d'adieux émouvants. Car ce que j'aimerais vous proposer avec cette rubrique, ce sont des anecdotes personnelles sur ma relation avec ER au fil du temps. 

Cette semaine, je vais faire court et vous raconter en quelques mots mes tentatives avortés pour faire découvrir la série à mes potes. Sachez que c'est très compliqué : avec 331 épisodes et des saisons clairement moins bonnes, ce n'est pas évident de convaincre des gens de partager votre passion. Les premières saisons ont un peu vieillis, certains gardent le souvenir de rediffusions ennuyeuses sur France 2 en rentrant de l'école et d'autres n'ont aucune envie de visionner une série hospitalière. J'ai tout essayé : mettre mon intégrale DVD à disposition, vanter les mérites du traitement de la temporalité et des récits d'apprentissages, mettre en avant les épisodes spéciaux et avant-gardistes, proposer un visionnage précis en sautant quelques saisons. Rien à faire.


Je n'ai aujourd'hui réussi aucun non converti à se convertir. Ce qui ne m'a pas empêché de prêcher (au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, je suis en train de le faire). Quelqu'un a-t-il eu plus de succès ? Tout ce que je sais, c'est qu'on peut toujours compter sur Internet pour nous rapprocher d'autres passionnés. Et la semaine prochaine, j'évoquerais les forums justement et aussi les fanfictions.

On étudiera aussi le cas particulier d'un personnage yoyo et c'est une saison bien meilleure sur laquelle je me pencherais : elle comporte deux road-trip et une épidémie...

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