Souvenirs d'ER #9

Hier, ER a eu vingt ans. C'était en tout cas la date anniversaire de la diffusion du pilote sur NBC, en 1994. Pour fêter ça, retour avec ce "magazine" sur l'histoire de la série ou plutôt, mon histoire avec la série.

WAITING ROOM / Dans la salle d'attente de ce neuvième "numéro", je trouve quelques articles qui vont m'aider à patienter. Ils célèbrent l'anniversaire d'ER et il y a vraiment de beaux hommages. Étonnement, celui des Inrocks vise juste, on sent que Clélia Cohen a un coeur de fan qui bat en elle. Au Daily Mars, Nicolas Robert (qui sera mon invité la semaine prochaine) dresse un très bon bilan, avec son sens de l'analyse et, lui aussi, une âme de fan. Au Parlement des Rêves, on revoit la série et on en tire de passionnantes analyses. Et sur Vulture, où l'on a célébré la saison 94-95 en grandes pompes avec de beaux papiers sur Friends, Homicide et My So-Called Life, ER n'est pas en reste : on retrouve la série dans le classement des meilleurs épisodes de cette légendaire saison télévisuelle et analyse les origines du phénomène. Hélas, je dois déjà arrêter ma lecture car Jerry m'appelle aux admissions... 

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ADMISSIONS / Cet été, je suis allé en Bulgarie en stop. Et en traversant la Croatie, j'ai eu une pensée pour Luka Kovac, l'expatrié qui débarque au County à la rentrée 1999 pour remplacer Doug Ross, deviendra le pilier des lieux quand il faudra remplacer John Carter et partira discrètement au printemps 2007 en étant devenu lui-même. Un parcours atypique pour un personnage qui a traversé un paquet d'étapes différentes, comme le veut la tradition quand on s'attarde dans cet hôpital pas comme les autres.


On raconte donc souvent, sûrement à raison, que Goran Visnjic fut casté pour être un George Clooney plus exotique et offrir à Juliana Margulies une ultime romance, forcément voué à l'échec puisque l'infirmière allait forcément rejoindre son pédiatre à Seattle en fin de saison. Ce qui voudrait dire que Luka, lors de la sixième saison, n'est qu'un pantin des scénaristes pour faire les yeux doux à la ménagère et servir de faire-valoir à Carol Hathaway (comme si Carol avait besoin d'un faire-valoir pour briller). C'est tout de même plus compliqué que ça : Visnjic apporte vraiment son style à lui, mélange de noirceur et d'accent qui amène l'Europe aux portes du County. Même s'il était difficile de s'intéresser à leur flirt, son alchimie avec Margulies était bien réelle et quelques jolis scènes en découleront (notamment celle où l'infirmière lui parle de son amour pour Doug ou quand lui raconte l'histoire de sa famille). Le passé de Luka permet également d'aborder quelques traumatismes de guerre intrigants et de la géopolitique qui fonctionnait mieux sur moi à l'époque que les informations de 20 heures.

Après un passage à vide suite au départ de Carol et un début de relation avec Abby sans véritable intérêt (surtout qu'à l'époque, je préférais la voir flirter avec Carter), Luka se montre véritablement digne d'intérêt dans une intrigue qui n'a pas convaincu tout le monde mais que je trouvais particulièrement bien interprété et intense : celle concernant ses doutes face à la religion. Avec James Cromwell dans le rôle d'un cardinal agonisant, une bande-son mystique et une réalisation sublime en plein coeur de l'hiver. J'en reparle plus bas mais c'est Luka qui nous apporte les moments les plus originaux et marquants de la septième saison, notamment dans le 150ème épisode de la série, "The Crossing".


Et puis ça retombe : en huitième saison, le personnage redevient fade à cause d'une romance bien naze avec Julie Delpy et une incapacité des scénaristes à lui offrir quelque chose de passionnant : il faudra attendre "Secret & Lies", l'hommage à "Breakfast Club" pour voir Goran briller de nouveau et nous réciter du Shakespeare en croate. On l'envoie alors en Afrique et il nous revient plus torturé que jamais, tellement qu'il se console avec les femmes. Après la période religieuse, voilà la période addict au sexe et c'est décidément dans ses moments de faiblesse que j'apprécie le plus Luka. Quand Carter le rejoint en Afrique dans "Kisangani" puis revient le chercher alors qu'il était déclaré mort dans "The Lost", on tient les deux meilleures performances de Visnjic. Le docteur Kovac apportera avec son retour un nouveau dynamisme aux urgences, voulant imposer une nouvelle forme de médecine à ses collègues et permettant d'aborder de nouveaux thèmes intéressants au début de la dixième saison.
Sauf que ça se gâte ensuite et là, vous commencez à voir un schéma se reproduire : Luka torturé = cool / Luka amoureux = bof bof. Car en collant ensemble le miraculé du Congo avec Sam, la nouvelle infirmière percutante, les scénaristes font une grave erreur : non seulement ils reproduisent un couple qu'on a déjà l'impression d'avoir vu mille fois (Doug/Carol, Carol/Luka, Luka/Abby, etc), mais ils réussissent également l'exploit d'affadir les deux personnages de manière quasi-immédiate. Le pire, c'est que ça va durer plus de deux saisons et me faire perdre tout intérêt pour Visnjic et Cardelini, deux acteurs que j'appréciais pourtant beaucoup et qui auraient pu dynamiser des saisons en demi-teinte.


Heureusement avec Luka, il y a toujours une renaissance. Pas le choix : au milieu de la douzième saison, il est le plus ancien du cast, juste derrière sa protectrice Kerry Weaver, et c'est à lui d'assumer la place central laissée vacante par son vieux rival Carter. Alors fini la relation avec Sam : à la place, c'est avec Abby qu'on reforme un couple et c'est une bonne idée car c'est elle la vraie pilière du County. Tous les deux deviennent le moteur de la série et se montrent particulièrement attachant en couple, surtout quand le bonheur est au rendez-vous. La légèreté va bien au duo Tierney/Visnjic et permet de faire passer la pilule lors des pires moments de la série. Et, alors que des boulets comme Pratt ou Morris gagnent en puissance et que la vétérante Weaver se fait la malle, c'est par la petite porte que Luka s'en va. Suite à son mariage et après quelques visites en Croatie pour prendre soin de son père mourant, le docteur Kovac quitte le générique, se fait de plus en plus rare, devient le mari absent et ne revient plus à Chicago. La dernière fois qu'on le verra, il viendra chercher Abby à la fin de sa toute dernière garde au County, au début de l'ultime saison.

Quatrième au classement du nombre d'apparitions pour le cast principal (juste devant Anthony Edwards), Luka est un personnage clé, que l'on aime ou pas, que l'on aime et pas, qui a eu le droit à un traitement inégal fait de renaissance et de chute. Mais il est tellement emblématique de la période d'ER que j'ai suivi en premier (j'ai découvert la série lors de la sixième saison et il fut donc le premier nouveau personnage que j'ai rencontré) qu'il mérite qu'on ne l'oublie pas. La prochaine fois que j'irais à Zagreb, j'aurais de nouveau une pensée pour lui et peut-être que vous aussi. 

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SALLE DE RÉANIMATION / C'est dans une salle de réa (la 2, c'était ma favorite) que j'examinerais à chaque fois une saison au hasard (pas dans l'ordre, sinon je m'ennuierais). Et le tirage au sort a désigné... la septième saison.

Pour certains, les faiblesses de la série ont commencé à apparaître dès l'année précédente. Moi, comme la saison 6 est ma favorite, je dirais que c'est en saison 7 qu'on ressent une chute dans la qualité et de vraies inégalités dans le traitement des intrigues et des personnages. C'est pourtant l'une des rares années où aucun membre du cast ne débarque ou ne s'en va du County, mais ça n'empêche pas que ce soit gentiment le bordel et que l'équilibre est de plus en plus fragile entre le drama hospitalier et le soap. Heureusement, il y a encore de belles fulgurances et on est loin de la médiocrité qui sera à venir. C'est juste un aperçu, où on réalise qu'ER n'est pas parfaite et que sa longévité est à la fois sa force et ce qui peut la perdre. 


Il faut dire que Jack Orman, troisième showrunner de la série, n'a pas le talent de Lydia Woodward, celle qui est à l'origine de ma période favorite du show (saisons 4 à 6). Ce n'est non plus David Zabel (celui qui fera pire) mais il a déjà une mauvaise tendance à aller trop loin dans le soap et à plonger nos personnages dans une noirceur un peu trop marqué, limite étouffante. Entre la tumeur de Mark, la mère bipolaire d'Abby, l'addiction de Carter et la crise existentielle de Luka, il y a de quoi déprimer cette saison. Bien entendu, les acteurs sont à la hauteur et parviennent à maintenir l'intérêt même quand leurs intrigues traînent en longueur (et ce n'est que le début pour la famille Lockhart) et bien entendu, les pires malheurs du monde sont parfois très émouvants à observer (en particulier en ce qui concerne Mark et aussi parce que c'est l'année où on se dit que Maura Tierney a le potentiel d'être la vraie star du show). Quitte à être parfois abandonné par les scénaristes, le cast est tout de même soutenu par des guest-star de taille : Sally Fields, elle a beau en faire des caisses, elle livre une superbe performance dans "The Visit", justement récompensé. James Cromwell forme un duo très poignant avec Goran Visnjic, comme j'ai pu l'expliquer plus haut. Aux côtés de Laura Innes, Elizabeth Mitchell a su rendre vraiment crédible le parcours de Weaver, redécouvrant sa sexualité (cf : Souvenirs d'ER #8). Et James Belushi (en compagnie d'un jeune Jared Padalecki) tire son épingle du jeu dans un épisode concept pas toujours passionnant mais tire-larmes comme il faut ("Piece of Minds"). Et puis, comme je l'ai évoqué à plusieurs reprises, j'étais plus indulgent à l'époque car je découvrais encore la série et que j'étais suffisamment jeune pour pardonner tout à l'objet de mon affection. 

Je vous disais qu'avec l'arrivée de Jack Orman, on a un aperçu miniature des défauts qui seront légion dans les dernières saisons. Le plus symptomatique, au délà du soap un peu grandiloquent et forcé, c'est la mauvaise utilisation d'un cast trop nombreux. Jing-Mei Chen, Dave Malucci et Cleo Finch, introduits l'année précédente, sont les victimes directes de ce problème et sont relégués à l'arrière plan sans jamais avoir autre chose à jouer que des faire-valoirs ou des comic relief. À l'inverse, Abby et Luka, qui ont la même ancienneté que leurs camarades, sont largement mis en avant, parfois un peu trop. Ce qui est plus grave, c'est quand cela touche des vétérans : bien que sa lutte contre la discrimination à l'hôpital ne manque pas de valeur, Peter ne vit pas sa saison la plus réussi : le flirt avec la jeune Kynesha est l'une des intrigues les plus navrantes proposé à Eriq LaSalle. Elizabeth a beau former un duo émouvant avec un Mark convalescent, elle se retrouve trop souvent réduite à l'épouse en détresse et perd peu à peu l'énergie et la légèreté qui faisaient la force du personnage. Et même Mark, justement, finit la saison de manière un peu étrange, dans un cliffangher qui joue de manière très peu subtile la carte du médecin qui se prend pour Dieu. Quand à Carter, si son addiction permet à Noah Wyle d'apporter de nouvelles couleurs au personnage et que j'ai toujours été séduit par son amitié/romance avec Abby, je me serais bien passé de son flirt avec Rena, la jeune pédiatre. 


Parfois, l'atmosphère plus sombre peut quand même faire mouche, en particulier quand la réalisation est à la hauteur. Car la voilà la force de la septième saison : elle est très belle à regarder. "Homecoming", le season premiere, voit le 16/9ème prendre ses droits et avec son histoire d'émeute dans les couloirs de l'hôpital, est franchement spectaculaire (j'ai toujours l'image de Weaver se débattant avec sa béquille au milieu d'une horde d'hooligans). Toute l'intrigue religieuse de Luka, se déroulant au milieu de l'hiver, utilise à merveille la musique de Bach, la neige qui tombe sur Chicago et les arbres sans feuillages pour nous raconter un conte presque poétique, quasiment mystique. Je repense aussi à cet belle intro où l'on observe le réveil de plusieurs personnages simultanément lors d'une froide matinée hivernale et on s'y croirait vraiment, il y a une belle sensibilité dans cette manière de filmer le soap. C'est aussi pour cela que j'ai aimé le road-trip de Carter et Abby, le mariage sous la pluie de Mark et Lizzie ainsi que "The Crossing", 150ème épisode qui sort les grands moyens tout en restant à hauteur de personnage.

Malgré tous ses défauts, la septième saison (exactement comme la neuvième) sera traversé de fulgurances et de moments clés pour certains personnages. Elle fait la transition entre une sixième saison remarquable et une huitième saison qui sera un pivot pour la série. Et même si la transition est très fragile, j'en ai quelques souvenirs inoubliables, liés à la pluie, la neige et le soleil. Et oui, ER, c'est aussi le passage du temps et des saisons et, même quand les personnages sont figés, le reste suit joliment son cours. 

Sélection S7 / "Homecoming", "The Visit", "A Walk in the Woods" et "The Crossing"


PARKING DES AMBULANCES / Comme tous ceux qui sont parti du County (vivant), je termine ma course sur ce fameux parking où résonne les ambulances et tous les souvenirs de parties de basket entre collègues et d'adieux émouvants. Car ce que j'aimerais vous proposer avec cette rubrique, ce sont des anecdotes personnelles sur ma relation avec ER au fil du temps.

Cette fois, encore une vidéo car je n'ai pas eu le temps de fouiller autant dans mes souvenirs que je l'aurais voulu. On y retrouve une sorte d'intégrale des promos NBC pour annoncer chaque année le retour de la série en essayant à chaque fois d'être le plus grandiloquent possible ! Ce qui serait chouette, ce serait d'en faire de même avec les promos France 2, que je guettais avec excitation et que je regardais à chaque fois en entier jusqu'à les connaître par coeur, faisant ainsi monter mon excitation jusqu'au dimanche soir. Je dois avoir tout ça en VHS quelque part, à suivre...

La semaine prochaine, on évoquera le parcours de ma chirurgienne favorite et on reviendra sur une saison où Carter était barbu.

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