Souvenirs d'ER #14

Le 19 septembre dernier, ER a eu vingt ans. C'était en tout cas la date anniversaire de la diffusion du pilote sur NBC, en 1994. Pour fêter ça, retour avec ce "magazine" sur l'histoire de la série ou plutôt, mon histoire avec la série.

WAITING ROOM / Comme personne ne veut m'entendre à la réception, je continue de m'impatienter dans la salle d'attente de l'hôpital. Sam fait des allers-retours pour inscrire les blessés aux admissions et je n'arrive pas à attirer son attention. Alors pour passer le temps, je réveille un camarade endormi ici depuis encore plus longtemps et qui a pu tout observer depuis quinze ans : Sullivan Le Corvic. 


ER, ça a commencé comment pour toi ? Le 19 septembre 1994 ? Lors de la première diffusion française ? Ou avec les rediffusions ? 

Sullivan : Difficile de me remémorer exactement la date de ma première admission dans leurs services. En 1994 j’étais jeune, très jeune. Me passionner aux séries se réduisait alors à X-Files qui, malgré mes sept petites années d’existence, m’impressionnait tout en me foutant une trouille inimaginable. J’ai raté les cinq premières saisons d’E.R, et ai donc commencé sporadiquement avec la saison 6. J’y jetais un œil le dimanche soir sans vraiment m’y attacher. Puis, petit à petit, ça devenait un certain rituel. Je délaissais mes parties de Zelda sur Nintendo pour rejoindre le County Hospital. Et ça ne s’est pas arrêté. Je n’ai pas forcément été très assidu (l’offre sérielle qui s’offrait à moi étant de plus en plus conséquente !) mais j’ai dévoré les 15 saisons, avec plus ou moins de facilité(s)

D'après toi, c'est quoi l'âge d'or de la série et le début de son déclin ? 

Sullivan : Je n’aime pas parler d’âge d’or et de déclin, surtout pour une série. Quand je vois sa structure, quand je prends du recul par rapport à ce qui a été fait, et ce qui aurait pu être fait, je suis forcément déçu. Déçu de certaines intrigues, déçu d’une sortie de personnage, déçu de certains partis pris. Mais avec une série d’une aussi grande longévité télévisuelle, aux côtés de laquelle j’ai parcouru toutes les émotions, je reste émerveillé par l’ensemble, toutes ces saisons qui forment une cohésion dramatique puissante. Alors oui y’a eu des hauts et des bas, sur 15 années il y a eu des épisodes mémorables (Love’s Labor Lost / On The Beach / All In The Family / Ambush) et des épisodes qui auraient pu être mieux réfléchis (Freefall / The Honeymoon Is Over), mais au final je sais que je me suis pris une grosse claque.


Mais, mais, mais… si déclin il y a eu, je pense que le magique triptyque final de la saison 8 avec The Letter, On The Beach et Lockdown est à la fois la fin d’une époque et la transition vers une deuxième qui en étant sacrément intense m’a peut-être un petit peu moins touché.

On t'amène au County Hospital : quel médecin pour te soigner et quel médecin pour faire une partie de basket sur le parking des ambulances ?

Sullivan : Docteur Mark Greene, pour les deux surement. C’est instinctif, même pas la peine d’y réfléchir. Si je pouvais avoir un médecin, un seul – en dehors de l’atroce mais parfait Gregory House – je n’hésiterais pas une seconde à parcourir l’Atlantique – à la nage s’il le faut ! (Mais jamais en hélicoptère, JA-MAIS !) – à rejoindre la ville des White Sow et à kidnapper Dr Greene (de son vivant).

C’est le personnage qui m’a traumatisé, qui m’a fait pleurer devant l’écran et qui m’a fait l’adorer. C’est pour moi le personnage le plus humain, celui qui comprend ses erreurs, qui se relève avec une superbe humilité et qui fait un travail remarquable. Sa relation avec le Dr Corday participe à sa présence essentielle dans la série. Un pilier qui tombe de la plus belle des manières et qui offre à Urgences l’un de ses plus beaux moments. Donc oui, rien que pour ça, rien que pour ce personnage, j'enchaînerais opération et partie de basket.

Un comité d'experts fait appel à toi pour dresser une liste des 100 meilleurs épisodes de télévision. Tu es en charge de sélectionner un seul épisode d'ER. Lequel et pourquoi ?

Sullivan : Plus de 300 épisodes, 15 saisons, et un choix se réduisant à un seul épisode ? Faut que je parle à ce comité d’experts, immédiatement ! 

Je ne vais pas jouer l’originalité, mais je vais être dans ma logique. Avec le Dr Greene qui m’a impressionné du début à la fin, le sort qui lui est réservé dans le 8x21 On The Beach donne à l’épisode une dimension toute particulière. Un couteau en plein cœur. Une émotion intense qui prend aux tripes. À l’époque, les spoilers m’étaient totalement étrangers, et l’absence de réels réseaux sociaux m’empêchait de connaitre la suite de l’intrigue. Dévorer une série, semaine après semaine, sans se soucier d’avoir une information compromettante, était une aubaine et me faisait apprécier chaque moment, chaque scène et chaque mort. L’inattendu frappait à chaque fois, et c’était une sacrée sensation.


On The Beach et la sortie du personnage de Mark Greene ont été, pour moi, le meilleur d’Urgences. La fin d’un personnage, et peut-être aussi d’une façon de faire. Et en même temps une étape vers une nouvelle ambiance, une nouvelle atmosphère au sein du County Hospital. Et là c’est surement le très grand fan de M. Greene qui parle, en totale subjectivité. Mais avec sa mort, la série a eu un tout autre visage.

Quel acteur d'ER aimerais-tu revoir à la télévision et quel genre de rôle lui conviendrait le mieux ?

Sullivan : Paul McCrane m’a fait halluciner. Son charisme, sa gueule, son personnage m’ont toujours ébahi. C’était vraiment fort. Et le (re)voir dans un épisode d’X-Files, en Leonard Betts, m’a encore plus bluffé. Il a ce talent, cette voix, cette façon de jouer pour être un bon méchant, un personnage qu’on craint et qu’on n’osera jamais défier. Je le vois donc bien revenir sur nos écrans dans Peaky Blinders ou The Knick, deux périodes qui pourraient donner corps à un personnage à la hauteur de ses performances.

D'après toi, il se passe quoi au Cook County en septembre 2014, vingt ans après le pilote ?

Sullivan : Du renouveau. Beaucoup de changements. Beaucoup de départs. Et énormément d’histoires. Les moyens se sont perfectionnés, de nouvelles maladies font surface, l’assurance maladie amène de nouveaux patients, des crises financières, politiques, administratives. Même après 20 ans, même si structurellement la métamorphose a eu lieu, dans le fond le County Hospital reste inchangé. C’est toujours un concentré de personnalités, de tensions, d’amitiés, de coups de gueule, d’amour et d’opérations. Et peut-être qu’en 2014, c’est aussi le retour d’anciens médecins, partis trop tôt, qui ont le désir de renouer avec le passé, avec ce qui faisait et fait la force du County Hospital.


ADMISSIONS / En parlant de rétrospective, on arrive quasiment à la fin de celle-ci. Avant qu'il ne soit trop tard, je vais donc profiter de cette édition pour faire un dernier tour d'horizon des personnages dont je n'avais pas eu l'occasion d'évoquer plus en longueur jusqu'ici. Soit parce qu'ils sont restés trop périphériques, soit parce qu'ils ne m'ont jamais convaincus, soit parce que je n'ai pas trouvé le bon moment pour leur rendre hommage. 

Et on commence par quelqu'un qui a fait pas mal de chemin entre sa première apparition et sa dernière. Au départ, il ne s'agissait qu'un énième étudiant en médecine, destiné à être un faire-valoir du duo Abby/Neela. Si on m'avait demandé de parier sur la longévité d'Archibald Morris ou de son collègue Nick Cooper (Glenn Howerton), ce dernier aurait sûrement été mon premier choix. Surtout quand Romano, quelques minutes avant de courir à sa perte, renvoie le rouquin après l'avoir surpris un joint à la main sur le parking des ambulances. Coriace, Morris restera donc jusqu'à la fin et qui aurait cru qu'il deviendrait un aussi bon élément ? Comic relief assez pitoyable pendant au moins trois bonnes saisons (à peine plus supportable que son pote Pratt), le personnage de Scott Grimes va gagner en intérêt à mesure que les scénaristes décident de le prendre un peu au sérieux. Après avoir gagné un peu en sympathie aux côtés de l'attachante Hope (jouée par l'attachante Busy Phillips), c'est véritablement lors de la quatorzième saison (et quasiment c'est son seul point fort) qu'il deviendra un vrai atout pour les urgences. On s'est bien marré quand Carter lui a demandé de donner le ton après son départ. Il a fini par lui donner raison et, suite à la mort de Greg et au départ d'Abby, il deviendra le pilier du service, celui sur lequel on peut compter aussi bien pour le rire que le sérieux. Pas un hasard que, dans l'ultime épisode, il se retrouve à la place occupé par Mark Greene dans le pilote. 


Mais souvenez-vous, Carter avait déjà jouer les mentors avec un autre jeune étudiant, fraîchement débarqué au Cook County, tout propre sur lui et tout naïf, qui avait failli lui aussi dégobiller lors d'une garde trop intense. Hélas, Michael Gallant n'a pas connu le destin que je lui prédisais. Tout semblait indiquer lors de la huitième saison qu'il était pourtant le nouveau Carter, le nouveau Lucy, celui par lequel on redécouvre l'hôpital sous des yeux nouveaux et dont on va suivre l'apprentissage pendant longtemps. Son héroïsme aux côtés de Kerry lors d'une terrible tempête, sa participation au remake de "Breakfast Club" et son côté vraiment attachant, tout ça semblait augurer d'un beau destin. Mais devinez qui vient tout ruiner ? Oui, l'éternel boulet, seigneur Pratt. Dès qu'il débarque, il va malmener Michael, prendre beaucoup de place et le reléguer peu à peu à l'arrière plan. On ne retrouvera notre jeune protégé que dans des intrigues secondaires et une romance avec Neela pas franchement excitante. Avant qu'il ne rejoigne tragiquement le rang des personnages tués sur l'autel du cliffangher, Gallant aura tout de même le temps de nous offrir un très bel épisode le suivant en Irak, le réussi "Here And There". Un beau gâchis tout de même. 


Dans la catégorie "personnages prometteurs mais que les scénaristes ne sont pas parvenus à exploiter corretement", on retrouve également Anna Del Amico. Sauf que là, c'est de la faute d'une Maria Bello qui a préféré quitter Chicago pour aller rejoindre les Coyote Girls et une carrière au cinéma. J'ai déjà pu dire tout le bien que je pensais de sa relation avec Carter : un jeune médecin très riche, un peu naïf et gentiment arrogant face à une pédiatre fauchée, débrouillarde et franche du collier. Au-délà d'un will they won't they plutôt sympa, cette dynamique offrait à Carte une chance de gagner un peu en épaisseur et nous apportait, auprès de Doug Ross, une autre personne capable d’interagir avec les gamins des urgences. On voyait aussi apparaître, en filigrane, la naissance d'une belle amitié entre elle, Carol et Elizabeth. Tout ça ne se concrétisera pas : Anna partira rejoindre son ex-toxico de mari à Philadelphie sans qu'on en entende plus jamais parler. 

Contrairement à Jeannie Boulet, qui a eu le droit à une dernière visite aux urgences, bien après son départ. Elle aussi, j'ai déjà pu l'évoquer à plusieurs reprises. Introduite comme love interest de Peter lors de la première saison, elle rejoint le casting principal en tant qu'assistante médicale l'année suivante. Ce qui rendra le personnage inoubliable et vecteur d'émotions fortes, c'est l'intrigue longue durée entourant son HIV. Les scénaristes sauront nous narrer son parcours avec une belle justesse et sans lâcher l'affaire, de sa lente acceptation de la maladie, aux discriminations qui s'en suivent à l'hôpital (et d'où naît au final une belle amitié avec Kerry) jusqu'à l'aggravation de sa santé. Parallèlement à ce fil rouge, elle aura aussi un bel arc au chevet du jeune Scott Anspaugh et un départ discret mais touchant au début d'une sixième saison très chargée. En y repensant, Jeannie est véritablement un personnage un peu sous-estimé, que Gloria Reuben aura su rendre sensible pendant quasiment tout son séjour au Cook County. 


On ne peut pas en dire autant de Shane West qui, avec son personnage de rockeur émo et rebelle, n'a jamais réussi à marquer autre chose que les gamines de douze ans. Ray Barnett m'avait pourtant l'air sympathique quand il débarque au début de la onzième saison. C'est certes déjà une caricature mais, après tout, un peu de sang neuf dynamique et rentre-dedans ne peut pas faire de mal à une série qui atteint cet âge avancée. Le problème, c'est qu'on le retrouve très vite dissimulé dans la masse de jeunes internes qui envahissent le County et il se révélera bien trop fade pour surnager, restant toujours dans l'ombre d'Abby et Neela, qu'on suivait déjà depuis plus longtemps. Alors il restera pour toujours le rockeur au coeur d'or et l'amoureux transi d'une Neela qui lui brisera son petit coeur... et ses deux jambes. Oui, c'est ça le souvenir de Ray que je garderais : ce season finale ridicule. Ces quelques retours dans l'ultime saison continueront de faire de lui un faire-valoir de Neela qui avait de toute façon perdue une bonne partie de mon affection. 

Et ça, c'est en partie de la faute à Tony Gates. L'autre amoureux transi qui est déjà bien relou avec la pauvre Neela quand il joue les ambulanciers dans la douzième saison. La nouvelle tombera cruellement l'année suivante : John Stamos, l'oncle Jesse de "La Fête à la Maison", rejoindra le casting principal. N'ayant plus grand chose à raconter cette saison-là, les scénaristes vont alors lui offrir beaucoup de temps d'antenne en recyclant pour lui de vieilles intrigues de Doug Ross et en lui collant une énième histoire de famille difficile que même Sam n'aurait pas envié. Tony est partout : il tient le rôle du médecin rebelle, de l'amant faisant succomber tout à tour Neela et Sam et du père qui apprendra à communiquer avec sa gamine en pleine crise d'adolescence. On y ajoute un père alcoolique et un humour assez navrant, on obtient un George Clooney du pauvre qui squattera le temps d'antenne de ses camarades pendant trop longtemps. Jusqu'à remonter un tout petit peu dans mon estime dans l’ultime saison mais seulement car il nous y fait le cadeau d'être un peu plus effacé... 


Autre duo de choc : le difficile à supporter Dave Malucci et la porte de prison Cleo Finch, tout deux introduits lors de la sixième saison. Le premier est un Greg Pratt avant l'heure, qui sera heureusement beaucoup moins agaçant car squattant moins l'écran que son digne successeur. Mais tout comme lui, il a tout les atouts d'un boulet : il ne veut rien entendre aux conseils des autres, il accumule les conneries et se montre inlassablement je-m'en-foutiste, sans qu'on en sache suffisamment sur sa vie privée pour véritablement le comprendre. Cela dit, je n'ai jamais vraiment détesté Malucci, et ce, pour deux raisons : il est apparu dans la série en même temps que je la découvrais et il a eu le droit à quelques jolis moments de rédemption. Son départ eu le mérite d'être concis et marquant. On ne peut pas en dire autant de Cleo, qui n'aura jamais eu l'occasion de nous faire un sourire ou d'être autre chose qu'un love interest pour Peter. Elle ne manque pas de personnalité mais celle-ci se résume à être professionnelle, froide et distante. Je ne lui reproche pas ça, juste aux scénaristes de ne pas avoir su exploiter ses traits de caractère intéressant pour en faire un personnage intéressant. 

L'autre addition à la sixième saison (oui, il y en a eu beaucoup), c'est Jing-Mei Chen. Qu'on avait connu auparavant, lors de la première saison, sous le petit nom de Deb, la rivale bonne élève du jeune Carter. Après l'avoir fait revenir, les scénaristes réalisent très vite qu'ils n'ont pas grand chose à lui offrir. La voilà donc coincé pour toujours dans le rôle de celle qui voit son temps d'antenne sacrifié à cause d'un casting trop conséquent. Elle ne récupère que les miettes (une grossesse surprise, un flirt avec ce boulet de Dave et une romance avec ce boulet de Greg) et sert bien trop souvent à être un second rôle dans les intrigues médicales. La neuvième saison avait presque commencé à lui offrir un peu plus de matière mais quand débarque tout les petits nouveaux l'année suivante, elle est de nouveau aux abonnés absents, se contentant d'être jalouse de Neela et au chevet de son père mourant. Même plus là pour son vieux pote Carter, une amitié qui aurait mérité mieux. Son départ coïncide avec un bel épisode au sujet de l'euthanasie, mais est aussi significatif d'un personnage résonnant comme une série d'occasions manquées. 


Si on se souvient pas forcément de la sixième saison grâce à ces personnages, elle aura carrément marqué par le départ tragique de Lucy Knight. J'avais profité de ma dissection de la cinquième saison pour vous présenter un personnage qui avait clairement le rôle d'une Carter nouvelle génération et avait mis du temps à convaincre. Kellie Martin avait un peu de mal à assumer un rôle aussi conséquent, les scénaristes avaient trop forcé sa présence d'entrée de jeu pour ensuite l'abandonner presque complètement. À part pour un Lucy-centric sympa l'opposant à Romano ("The Domino Heart"), elle n'avait plus grand chose à faire depuis que son duo avec Carter était devenu inexistant et que d'autres recrues avaient pris sa place (un épisode plus tard, Abby débarquait). C'est donc sa mort qui fera d'elle un personnage culte et sera l'objet du meilleur épisode de la série. On en reparle plus longuement la semaine prochaine. 

Je termine avec les deux dernières additions au casting principal (on s'intéressera aux personnages secondaires la prochaine fois) : Simon Brenner, le Tony Gates du pauvre et Catherine Banfield, l'ultime chef des urgences. Quand on rencontre le premier, il est en pleine orgie et semble avoir confondu le Cook County avec le Seattle Grace Hospital. Nouveau love-interest de Neela (la liste est tellement longue), l'australien se montre particulièrement exaspérant et n'attire aucune sorte d'empathie de la part d'un téléspectateur qui a perdu la foi. Quand il est nommé régulier, on craint le pire mais heureusement, l'ultime saison fait du bon boulot, même avec le pire. Très vite et pas forcément de la manière la plus subtile, Brenner gagne en épaisseur et gagne un capital sympathie inattendu, en particulier lorsqu'il se retrouve lui aussi dans un arc digne de Doug Ross. Je garderais de lui un bon souvenir, alors que c'était franchement pas gagné et on peut aussi remercier David Lyons, un interprète qui m'a convaincu sur la longueur. De son côté, Banfield a la lourde tâche de devoir nous intéresser alors que, durant la dernière saison, on a d'autres chats à fouetter. Surtout qu'un nouveau chef du service avec un lourd passé, on s'en est déjà coltiné un paquet. Même si Angela Bassett fait forcément le job, on a du mal à voir autre chose en elle qu'un gimmick servant à offrir à Greene, Weaver et Romano un ultime caméo dans "Heal Thyself". Mais en étant de mieux en mieux mêlé aux intrigues globales et grâce à un joli duo avec Morris, elle mérite tout à fait sa place et ne nous fait pas autant perdre notre temps que prévu. 


SALLE DE RÉANIMATION / Comme j'ai décidé de garder le meilleur pour la fin, la quinzième et dernière saison sera mon avant-dernier choix. Je ne sais pas si c'est très logique mais c'est comme ça. À l'époque, il était vraiment temps qu'ER se termine : je venais de débarquer à la fac et mon amour de jeunesse n'avait plus la même saveur à cause d'une succession de saisons pas terribles (je ne reviendrais pas là-dessus) et d'un rythme de vie bien différent, plus éloigné du confort familial et de mes posters de John Carter et compagnie. Heureusement, les scénaristes (un mélange d'anciens et de nouveaux, réunis en équipe de choc) ont décidés d'achever leur oeuvre avec un minimum de dignité et sauveront ainsi sa mémoire, nous laissant sur une note vraiment positive. 

Après un season finale aussi médiocre que "The Chicago Way", on débute celle-ci avec un grand ménage : Pratt est éliminé de manière plus émouvante que prévu et Abby fait son dernier baroud d'honneur dans un épisode encore plus émouvant que prévu. "The Book of Abby" nous rappelle que, lorsque le personnage en vaut la peine, ER sait vraiment gérer les départs. Quand Haleh montre à notre chère miss Lockhart le "hall of fame" de l'hôpital où l'on retrouve les noms de tous nos médecins favoris, on découvre aussi que la série a vraiment l'intention de célébrer sa mémoire avec toute l'émotion nécessaire. Parallèlement, l'arrivée de Catherine Banfield, la nouvelle patronne du service ainsi que d'une poignée de nouvelles têtes un peu fades, ça m'avait un peu inquiété, craignant qu'ils ne nous fassent perdre du temps alors qu'il n'y en avait plus à perdre. Mais non : ils sont plutôt bien intégrés au reste et permettent, sans forcément trop nous marquer, de faire basculer le service vers une énième nouvelle génération. 


Avant d'entrer dans le vif du sujet qui nous intéresse (le fan-service), on peut d'ailleurs s'arrêter un peu sur les intrigues plus classiques de cette saison, celles qui concernent les personnages qui ne sont pas occupés à dire au revoir, mais qui sont tout simplement en train de bosser. Car il aurait été facile de sacrifier un Morris, une Sam ou un Brenner pour laisser la place au défilé des anciens et de la nostalgie. Au lieu de ça, ils sont plutôt bien servi, en particulier notre cher rouquin qui, après avoir remonté grandement dans notre estime l'année précédente, profite de l'absence de Pratt et Abby pour devenir le véritable pilier du service. Sans pour autant perdre son aspect comic-relief, il devient plus mature, notamment grâce à sa relation avec Claudia, une romance tranquille et mignonne comme tout. Bien plus passionnante que celle qui unit Tony et Sam, leur flirt ayant quand même le mérite de réunir deux personnages devenus sans intérêt et divisant ainsi leur temps d'antenne. Quand à Neela, elle poursuit son bonhomme de chemin en chirurgie sans trop faire de vagues, sa relation avec Brenner n'est qu'accessoire, ses retrouvailles avec Ray qu'un moyen de lui offrir une porte de sortie. Il y a bien longtemps qu'elle ne m'attire aucune sympathie mais elle est bien moins antipathique que précédemment. Autour d'eux, les petits nouveaux ont des parcours un peu inégaux, certains disparaissent sans explication, d'autres restent dans le coin sans vraiment faire une impression. Ce n'est pas grave, ce n'est pas l'important.

Car on est là avant tout pour l'aspect nostalgique et on est carrément servi : les clins d'oeils à l'histoire de la série pleuvent et les retours d'anciens médecins sont inespéré : le retour plutôt bien pensé de Mark Greene, la réintégration dans la série de John Carter, un peu forcé mais tout à fait bienvenue, les apparitions improbables de Doug, Carol, Benton, Corday et j'en passe. Il faudra parfois passer par des épisodes tirés par les cheveux (le rêve de Neela qui la place devant Lizzie), des arcs pas très inventifs (les problèmes de santé de Carter) mais à chaque fois, c'est un vrai bonheur. La série va encore plus loin avec "A Long Strange Trip", un épisode un peu spécial (écrit par Joe Sachs et réalisé par Mimi Leder, deux vétérans) consacré au passé de l'hôpital, avec la présence de ce bon vieux Dr Morgenstern. Plutôt que de boucler la boucle, les scénaristes insistent sur le passage de relais, sur l'histoire qui se répète et cette micro-société où l'on va et vient : "What We Do" est une sorte de resucée de l'épisode "Ambush" et le final enchaîne les clins d'oeils au pilote, de la scène inaugural au retour de Rachel Greene, en passant par une ouverture mignonne à la romance Corday/Benton. De belles récompenses donc et une continuité respectée comme rarement à la télévision. 


Cette dernière saison, c'est avant tout du fan service intelligent et justifié, parce qu'après trois saisons bien médiocres, on l'avait franchement mérité. Elle réussit l'exploit de réunir tout ce qui a pu faire la force de la série, de rendre hommage à sa longue galerie de personnages et à son personne principal, l'hôpital du Cook County. C'est lui qui est à l'honneur du dernier plan, un traveling arrière sur les urgentistes qui s'activent sur le parking des ambulances, au son de l'inoubliable générique original. Comme pour nous dire que, même si l'on ne pourra plus y passer du temps, le service des urgences sera toujours là, peu importe qui y travaille, il faudra toujours lutter contre la mort alors, avec ou sans nous, la vie continue. 

Rendez-vous dans deux semaines (avant Noël en tout cas) pour conclure cette rétrospective avec un hommage aux personnages secondaires et patients marquants, ainsi qu'un focus sur ma saison favorite. Et peut-être quelques surprises.

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