1.21-1.22 Showdown

Bon, j’écris rien ici parce que je regarde pas grand-chose et ce que je regarde, je n’ai pas le courage de commenter. Je me dis à quoi bon, je repousse au lendemain, j’oublie et, très franchement, je réfléchis plus trop devant mon écran. J’ai jamais trop réfléchi hein, j’ai toujours plus parlé de mes sentiments face à un épisode que réussi à pondre une analyse qui tienne la route. Mais ouais, là, c’est un peu une période sans sentiments. Y a bien des trucs qui me plaisent. Le retour de « The Comeback » est excellent. « New Girl » et « Brooklyn 99 » arrivent à me faire sourire à l’occasion. « Mom » est la sitcom la plus enthousiasmante du moment. Les dernières saisons de « Sons of Anarchy » et « The Newsroom » sont des naufrages bien difficiles à regarder. J’aurais des choses à dire sur tout ça en creusant bien mais d’autres le font déjà bien mieux que moi. 


Alors je vais faire comme d’habitude quand le présent m’ennuie, je vais parler du passé. Souvenez-vous, après avoir fini l’intégrale de « Frasier », je m’étais lancé dans le projet longue durée de découvrir « Cheers », la série-mère du personnage de Kelsey Grammer. C’était en juin et je viens juste de terminer la première saison. Elle est loin l’époque où je n’avais rien de mieux à faire que d’avoir des rituels du genre « un épisode avant de me coucher » alors oui, ça m’a pris six mois pour regarder ces vingt-deux épisodes, autant vous dire qu’à ce rythme là, je dirais pas au revoir à la série avant mes 40 ans.

L’expérience fut concluante à plein de niveaux : d’abord parce que c’est une vraie école d’écriture et d’Histoire de la sitcom. Ce n’est pas la première à être filmé avec une « live audience » mais je crois que c’est la plus ancienne que j’ai pu voir (pour « The Mary Tyler Moore Show », on verra quand je serais à la retraite). Alors c’est amusant de voir les graines qu’elle peut planter et l’héritage qu’elle a laissé. Ensuite, et même si je ne fus pas aussi assidu que j’aurais dû, « Cheers » est un rendez-vous vraiment réconfortant, chacun de ses huis-clos est la promesse d’une succession de moments drôles et attendrissants avec des personnages bien dessinés que l’on aime tout de suite. Autrement dit, c’est exactement ce à quoi devrait ressembler une bonne sitcom. Bien sûr, elle n’a pas toujours bien vieilli (il y a un épisode sur l’homosexualité, « The Boys in the Bar » assez dingue à regarder aujourd’hui) et certains passages de la saison sont moins inspirés que d’autres (l’enchaînement « No Contest » avec son concours de serveuses ou « Pick A Con » avec son arnaque prévisible). Mais globalement, c’est vraiment du solide et on tient là une sorte de pièce de théâtre en vingt-deux actes où l’on est heureux de faire partie du public et de voir un cast s’amuser autant avec de l’aussi bonne matière (et parfois, c’était même de l’excellente matière).

« Showdown », le double épisode final, j’en avait déjà beaucoup entendu parler car c’est une sorte d’apothéose pour la relation entre Sam et Diane, fil rouge de la saison et précurseur d’une vague interminable de « will they won’t they » qui se poursuit toujours aujourd’hui (Jim et Maggie dans « The Newroom » en étant la pire incarnation à ce jour). On assiste donc ici à une situation vue et revue aujourd’hui mais pas tant que ça à l’époque. Et même si le fait que nos deux tourtereaux vont s’embrasser avant le générique final est couru d’avance, ça reste un vrai événement. Pas de la event-TV décevante comme peut nous la vendre NBC ces jours-ci mais plutôt une belle petite histoire dans la grande Histoire de la télé américaine ET dans le quotidien des âmes peuplant le pub Cheers. Les season finale en deux parties, c’est quelque chose qu’on ne fait d’ailleurs plus trop aujourd’hui. Tout est tellement feuilletonnesque que ça ne sert plus vraiment à grand-chose d’écrire « to be continued » à l’écran et de nous offrir un « previously on » inventif comme celui récité par Carla au début de la deuxième partie. La dernière fois que j’ai pu voir ça, c’était dans « Friends », quand Phoebe nous condensait les événements londoniens avec malice. Kaufman & Crane avaient forcément bien kiffé « Cheers » parce qu’en plus de cet héritage, on retrouve ici ce qu’ils ont popularisé avec un de leurs meilleurs épisodes : les personnages qui deviennent le public de la romance du couple phare. 


Nous, on a le droit d’être dans la pièce quand la tension monte entre Sam et Diane et c’est une vraie chance : les deux acteurs sont au top de leur game, les dialogues fusent à une vitesse folle (finalement, Sorkin n’a rien inviter) et quand ils finissent par s’embrasser, c’est un petit orgasme télévisuel, aussi prévisible était-il. Le premier baiser d’un couple qui nous a tenu en haleine avec un « will they won’t they » longue durée, c’est quelque chose de plus trop excitant aujourd’hui. On se souvient de celui échangé par Ross et Rachel sous la pluie et par Jim et Pam dans l’inoubliable « Casino Night » mais le plus souvent, c’est juste devenu un passage obligé. Comme si « Showdown » était devenu une ligne de conduite désuète qu’on s’efforçait encore à suivre mollement. Je généralise hein, il y a bien sûr des comédies qui prennent ça à contre-pied ou avec cynisme mais même quand c’est le cas, on en revient toujours à ce bisou symbolique, un soir de mars 1983 sur NBC.

Et je parle beaucoup de la dernière scène mais le reste était tout aussi réussi, offrant à chaque personnage une mini-conclusion très satisfaisante par rapport à leurs préoccupations habituelles. Sam est toujours plus intéressant quand il est vulnérable et ça nous permet ici de le voir se confier aux autres avec notamment une jolie scène en compagnie de Carla. De la même façon, Diane cherche conseil auprès de ce brave Coach et c’est aussi inattendu que touchant, surtout quand Norm s’en mêle. Tout cela fonctionne grâce à une construction en actes à l’ancienne qui offre un récit fluide et donne une place suffisante à tout le monde pour exprimer à la fois sa drôlerie et sa tendresse. Car la romance Sam/Diane a beau être le centre d’attention, personne n’est laissé de côté et tout le monde a son rôle à jouer dans le choix des deux amoureux transis. Pour la faire court, « Showdown », et en particulier sa scène culte, est un exemple à la fois très scolaire et très vivant d’un épisode de sitcom bien écrit, bien joué et au timing impeccable. Ce n’est pas parfait (j’aurais bien aimé voir Derek pour que le départ de Diane nous apparaisse comme autre chose qu’une ficelle scénaristique) mais c’est un grand moment que les scénaristes et le public ont mérités. Un aboutissement.


Pour la plupart des comédies d’aujourd’hui, ce serait d’ailleurs le sommet qu’il serait inimaginable d’égaler par la suite, le « peak » du show. « Cheers » va durer encore dix ans et continuer sur sa lancée. Alors oui, ce que je vous démontre là est pas très subtil et un peu passéiste mais bordel, ça ne fait pas de mal de se replonger dans un bon vieux classique, surtout quand on ne l’a jamais vraiment vu avant. L’hiver arrive et je me rend compte que « Frasier » me manque. « Friends » me manque. « The Office » me manque. J’ai presque failli me refaire tout « Newsradio » l’autre jour après avoir vu un extrait sur Youtube. Mais la magie d’Internet, c’est de pouvoir se replonger dans « Cheers » jusqu’au printemps. Et toute la vie s’il le faut.

P.S. : Je continuerais mon voyage dans le passé avec, très prochainement c’est promis, l’ultime épisode de ma rétrospective consacrée à Urgences. Et le traditionnel top de fin d’année.

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