6.13 May God Bless and Keep You Always

Je m’en souviens comme si c’était hier et pourtant, c’était en 2010. Je venais tout juste de découvrir Friday Night Lights et NBC annonçait alors que Jason Katims, son créateur, serait bientôt de retour avec un nouveau projet, le remake d’un film familial de Ron Howard. Pas avec n’importe qui : ma chère Maura Tierney (ER) et mon cher Peter Krause (Six Feet Under), rien que ça. Avec Dylan au générique ! Et un tas de gosses, ce qui m’inquiétais un peu parce que, de manière générale, ça joue mal les gosses à la télé américaine. Nous voilà en 2015, avec Lauren Graham à la place de Tierney, un cast génial du plus jeune au plus âgé et une série qui aura frôlé tellement de fois l’annulation que c’est presque dur à croire que, désormais, c’est fini pour de bon.


Le final est impeccable en tout cas, il coche presque toutes les cases que je voulais avant de dire au revoir aux Braverman. Il exploite toutes les forces de la série sans trop en abuser : la spontanéité du jeu, les relations approfondies entre les personnages, l’art de faire pleurer ou sourire avec une réplique ou un regard très juste. Il rend un bel hommage à tout ce petit monde, bien plus que ne l’aura fait une sixième saison en demi-teinte, construite sans trop de panache, confuse et un peu maladroite parfois. Mais c’était aussi le cas de la première saison et ça ne m’a pas empêché de garder espoir pour la suite, pour « l’âge d’or » de la série. Alors j’ai bien fait de garder espoir pour une fin réussie, c’était le cas, merci Jason. Tu nous a recyclé les recettes de « series finale » testées et approuvées par « Six Feet Under » et… « Friday Night Lights », bien entendu. Deux chef d’œuvres traitant chacun à sa façon de la famille et que « Parenthood » va rejoindre au panthéon. On oublie ses défauts, les frustrations diverses qu’on peut ressentir maintenant que tout est fini et on pleure à chaudes larmes devant cet attendrissant clou du spectacle.

Des frustrations diverses ? Et bien oui, il en reste malgré tout. Celle de ne pas avoir plus passé de temps avec Haddie depuis qu’elle est une étudiante lesbienne expatriée. Celle d’avoir vu Adam et Kristina s’embourber dans l’Académie Chambers et son absurdité à la fois narrative et financière. D’avoir passé autant de temps à observer la chute de leur mariage alors que voilà Joel et Julia amoureux comme au premier jour en un claquement de doigt. De ne jamais avoir pu passer plus de temps avec une Jasmine qui aurait mérité un meilleur traitement. De ne pas pouvoir suivre Amber en jeune mère célibataire, qui aurait pu se réconcilier avec son père (c’est une scène coupée paraît-il) et rencontrer Jason Street (j’aurais préféré Tim Riggins ou Matt Saracen mais bon). Et frustration car un spin-off sous la forme d’une comédie suivant le couple Hank-Sarah et leur petite entreprise de photographie, avec Max comme assistant, ça m’aurait beaucoup plu. Je le répète : Ray Romano est le MVP de cette saison et, il le prouve à nouveau avec cet épisode, Hank est l’un des personnages les plus complexes et attachants de la série, à mes yeux.


Mais tout est pardonné, tout est oublié. Mon sens critique était en retrait total à partir du moment où Drew donne son toast au mariage et où les larmes commençaient à couler sur ma joue. Des photos de famille au dernier souffle apaisé de Zeek jusqu’à cette dernière partie de base-ball pour boucler la boucle, c’était impeccable. J’ai même supporté le retour en force de la musique omniprésente, phénomène qui s’était pourtant vraiment calmé ces derniers temps, faute de budget j’imagine. Oh et j’ai beaucoup ri grâce à un Max qui termine son parcours en grande forme et nous rappelle qu’il est, quelque part et peut-être avec Amber, le véritable héros du show.

Qui viendra remplacer « Parenthood » ? Sur quelle histoire de famille faut-il compter désormais ? « Shameless » fait du bon boulot mais sa noirceur et son cynisme ne sont pas dans la même veine. Même chose pour « Mom », qui opère également dans un tout autre registre, même si elle est douée pour la justesse et les sujets difficiles à l’occasion. Ce qu’il me faut et ce qui va me manquer désormais, c’est « une feel-good série » à regarder le dimanche au goûter, avec un thé chaud et une couette sur les épaules. Un rendez-vous de network qui prend son temps pour parler de gens, sans s’embarrasser d’un concept ou de rebondissements idiots. Et j’ai bien peur qu’aucun producteur ou chaîne américaine n’ait envie d’investir là-dedans, c’est presque le vestige d’un autre temps. Ce n’est pas quelque chose que l’on binge-watch ou que l’on vend à ses potes comme la meilleure série de tous les temps. Mais c’est tout aussi important et ça va me manquer (oui, je suis aussi vieux jeu que Zeek finalement). Heureusement, il est toujours possible de revoir « Gilmore Girls » ou de tenter l’aventure « Once and Again » ou « Thirtysomething ». Je conseillerais même chaudement, si ce n’est pas déjà fait, de combler votre manque en passant le reste de la saison avec « My So-Called Life », les débuts de Katims.


Alors adieu les Braverman. Bientôt, il faudra aussi quitter Pawnee. Et probablement NBC. C’est la fin d’une époque, une époque qu’il est très aisé d’idéaliser quand on nous sort le grand jeu en guise de conclusion. Je finirais donc avec une citation de Dylan, qui aura rythmé comme il se doit le générique de « Parenthood » pendant six années : « you’re gonna make me lonesome when you go ».

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