7.10 The Forescast


Pour essayer de prédire l'avenir, Don se retrouve à regarder une nouvelle fois en arrière dans un épisode qui continue de le transformer en vestige du passé. "The Forecast" réussit plus adroitement que la semaine dernière à créer une ambiance crépusculaire pour Mad Men, sans pour autant aller trop vite ou déséquilibrer le rythme habituel de la série. 

Le procédé n'est pourtant pas très subtil : à l'attention de leurs nouveaux "propriétaires", Roger demande (ou ordonne) à Don d'écrire un discours sur l'avenir de leur agence. Peu à peu, il va s'enquérir des visions de ses collègues : pour Ted, c'est de plus gros clients tandis que pour Peggy, sans surprise, c'est le succès et la reconnaissance qu'elle mérite. Ensuite, Don plonge jusqu'en 1963, à l'époque des premiers pas de SCDP. L'époque aussi où, comme nous le rappelle la review du AV Club, Conrad Hilton lui confiait sa propre ambition : "I expect the moon". Sauf qu'en 1970, on a déjà eu la Lune et face au futur, Don se retrouve avec de la frustration sur les bras. À l'aube d'une nouvelle décennie, il est sans objectif précis, sans but à atteindre si ce n'est une succession de choses raisonnables et forcément médiocres pour un homme qui a eu autant d'imagination auparavant. Et quand il arrive dans un état où il n'y a plus grand chose à attendre ou espérer de la vie, où sa fille ne veut plus lui ressembler et où il n'a même plus de maison, que reste-t-il à Don Draper sinon attendre la mort ?

Le procédé n'est pas subtil mais le crépuscule qui se dessine durant cet épisode est très touchant, bien plus qu'avec le gros divorce de l'épisode précédent (même si je réalise maintenant que c'était une étape presque nécessaire pour enfoncer encore plus le clou). On a le droit cette fois à des dialogues forts avec ses collègues (en particulier Peggy qui tient sa catchphrase finalement !), à un énième scribouillard sacrifié qui se rebelle contre un modèle devenu obsolète et à une confrontation très dure mais nécessaire avec Sally qui, elle non plus, n'a plus trop d'espoir en son paternel devenu trop prévisible. Le dernier plan est triste comme tout. Mais ne misons pas trop, concernant la suite des événements, sur une chute définitive de Don... D'abord parce que Weiner saura bien sûr contrecarrer nos attentes. Ensuite parce que ce n'est pas la première fois que Don se retrouve au plus bas et a déjà eu plus d'un tour dans son sac. Seulement là, c'est la dernière fois et comme tout le monde autour de lui, on n'y croit plus trop. 


Je ne m'attarderais pas trop sur ce qu'il se passe chez les Francis tant le retour de Glen m'a ennuyé. Il a beau avoir grandi, le rejeton Weiner est toujours un piètre comédien. Je comprends la volonté de son père à offrir une porte de sortie au personnage mais d'autres seconds rôles l'auraient mieux mérités que lui à mon sens. C'est au moins l'occasion de voir une nouvelle fois une Betty tenté par un retour à l'enfance qui, plutôt que de prendre les armes pour tirer sur des pigeons, finit par jeter une carabine à la poubelle. Imaginez la scène de la déclaration d'amour avec un meilleur acteur et j'aurais probablement eu quelques frissons. Je souhaite en tout cas à Sally de réaliser son rêve et de ressembler le moins possible à ses parents. C'est le plus beau futur qui puisse l'attendre même si pas forcément le plus réaliste. 

L'amant de Joan a quand à lui trouver une autre solution : ne rien attendre de la vie et baigner dans la spontanéité. Ce qui est facile quand on a fait la paix avec soi-même et qu'on a un gros compte en banque. Facile aussi quand on fuit au moindre signe d'engagement. Joan, elle, a toujours fait face à ses responsabilités : elle a supporté un deuxième mari qui la traitait mal, a élevé leur enfant dans son petit appartement, attendu longtemps la promotion qu'elle méritait et qu'elle a gagné de la pire manière possible. Alors ce Richard qui lui vend du rêve a intérêt à être sérieux. Car si on interroge Joan sur son futur, elle n'aura pas le luxe d'avoir le choix : continuer à élever son fils n'est pas une option. On voit cruellement dans cet épisode à quel point cela peut être un fardeau. Alors on lui souhaite de trouver un homme qui pourra l'accompagner dans cette direction incontournable et qui pourra le faire avec le plus de respect et de sincérité possible. 


Voilà donc la série qui contemple à la fois son futur et son passé. Pourvu qu'elle s'occupe bien de son présent dans les trois épisodes restants.

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