Young Dylanesque #3

Suite (mieux vaut tard que jamais) de cette série d’articles autobiographiques autour de mon amour grandissant pour les séries télévisés, de la petite enfance à aujourd’hui. Dans une première partie, j’avais parlé de mon premier amour télévisuel. Dans une deuxième partie, je revenais sur mes tentatives d’écrire à mon tour des histoires. Avec ma rétrospective consacrée à Urgences, j’ai aussi eu l’occasion de ressortir pas mal de souvenirs. Et là, j’aimerais bien vous parler d’une époque qui est définitivement révolue (pour ma part en tout cas) : la découverte des séries sans Internet à domicile. Il est pas question ici de faire mon réac – je suis plutôt content d’avoir Internet aujourd’hui – mais plutôt d’être nostalgique. Il fallait s’y attendre, à quelques jours de la fermeture définitive du blog.


Déjà, résumons un peu ce que j’ai déjà pu vous raconter : en 1990, je nais (c’est histoire de vous situer chronologiquement). À 3 ans, je deviens accro au feuilletonnant grâce aux Animaux du Bois de Quat’ Sous. À 9 ans, je découvre ER en me cachant les yeux et Friends quand elle vient remplacer ma chère Hartley Cœur à Vifs sur France 2. À 12 ans, mon obsession est partagée entre la Trilogie du Samedi, Harry Potter et l’univers de Tolkien. À 15 ans, The West Wing, Six Feet Under et Scrubs enrichissent mon catalogue et je commence à m’acheter mes premiers coffrets DVD. À 18 ans, désormais accro à The Office, Mad Men et 30 Rock, je quitte la maison de ma mère pour devenir étudiant et durant ce dernier été de gentille et douillette innocence, grâce à une miraculeuse connexion SFR Wifi Public dans mon premier minuscule studio, je lance ce blog. 

À aucun moment durant ce long apprentissage, je n’ai eu une connexion Internet à domicile. Ma mère ne voyait pas l’intérêt d’avoir un ordinateur et n’avait de toute façons pas les moyens de s’en procurer un. J’ai pu tardivement récupérer un mastodonte portable via mon paternel et il me servait principalement à écrire les fanfictions dont je vous parlais la dernière fois et à stocker toute les infos que je pouvais copier-coller lors de mes visites sur le web. Pour ça, je pouvais compter sur Mathieu, mon meilleur ami d’enfance et sur le CDI du collège puis du lycée. Si vous regardez dans leurs historiques entre 2003 et 2008, vous tomberez sur les adresses que je vais lister plus bas, car c’étaient mes références. Les sites que je visitais dès que j’avais l’occasion et dont je copiais le contenu sur des disquettes pour ensuite pouvoir les lire sur mon gros ordi portable à la maison. Il fallait parfois que je fasse ça en cachette ou sous un autre prétexte, comme s’il s’agissait de porn. Et ensuite, durant tout le trajet en bus du retour, je n’attendais qu’une chose : pouvoir me plonger là dedans et lire, sous format Word, de précieuses reviews, guide d’épisodes, analyses et spoilers concernant mes obsessions (principalement ER, vous vous en doutez).


Au fil du temps, j’ai accumulé une connaissance encyclopédique de certains trucs car, plutôt que de réviser mes maths, je passais mon temps à mémoriser des infos plus ou moins capitales sur mes séries favorites : comment s’appelle tel épisode d’ER en VF et en VO, qui joue telle conquête de Joey dans Friends, qui avait écrit ou réalisé tel épisode de Buffy… Tout était rangé dans des dossiers Word sur mon ordi et dans un coin précieux de ma mémoire. Aujourd’hui, plus la peine : tout est à portée de main et comme je vieillis et regarde de plus en plus de choses, je me fatigue plus trop à retenir ce genre de choses. Malgré tout, il m’arrive encore de me surprendre à imprimer des détails comme une éponge. Et je pense toujours être capable de raconter dans l’ordre chaque épisode d’ER et de Friends. Les premières obsessions, c’est comme le vélo, ça s’oublie pas.

Donc amusons-nous, en guise d’hommage, à lister ces sites de références visités avec l’aimable autorisation de mon cher Mathieu et sans aucune autorisation de mes chers établissements scolaires - big up au lycée Champblanc – et grâce auxquelles j’ai pu devenir un sériphile même sans avoir Internet à domicile. Certains ont disparus, d’autres sont encore dans mes favoris.



La première référence car probablement le premier résultat sur lequel j’étais tombé en tapant « je veux tout savoir sur les séries télé que j’aime » sur Lycos ou Altavista – au CDI, on nous forçait à boycotter Google. Et c’était concrètement un vrai site de références à l’époque, avec des guides d’épisodes fournis, un fil actu qui tenait la route et un forum animé – mais il faudra justement attendre que j’ai mon propre Internet pour m’y inscrire et pour participer, sur la fin, aux podcasts animés par Lady Telephagy. Si le site est encore en ligne aujourd’hui, il est devenu tristement inactif et obsolète mais reste une Madeleine de Proust pour nombreux sériphiles français.

- EDUSA puis pErDUSA

Pour en savoir plus sur la longue histoire d’une aventure commencée il y a quasiment 15 ans, l’équipe avait déjà proposé une chouette rétrospective que je vous invite à découvrir. J’étais tombé sur l’ancien site en 2003 via les chroniques de Joma au sujet de la neuvième saison d’ER. À l’époque, j’étais plutôt du genre à adorer tout ce que proposait John Wells et la mauvaise foi sur laquelle EDUSA avait basé sa réputation perturbait un peu mon jeune cœur naïf. Malgré tout, je suivais ça de près car, comme le téléchargement n’était pas légion à l’époque et que, même si ça avait été le cas, j’aurais pas pu choper les derniers épisodes depuis la connexion du CDI, ce site était mon seul moyen d’être en avance sur tout le monde. C’était un bonheur de se faire spoiler car c’était comme être détenteur d’un secret. Je pouvais alors m’assoir devant « Chaos Theory » en trépignant à l’idée de voir Romano se faire découper le bras par un hélico.


Très vite, ma mauvaise foi s’est développée et j’ai également pu savourer les chroniques acerbes de 24 et Smallville. Très vite, ma curiosité fut stimulé par les rubriques de Drum, Ju et les autres que je copiais-collais sur ma disquette. Sans jamais pouvoir en voir une seule image, j’étais déjà fan de Frasier, du SNL, de Gilmore Girls, de Firefly ou d’Arrested Development. Très influençable, j’aimais les mêmes choses que la team et je me moquais des mêmes boucs émissaires, ravi de comprendre peu à peu les runnings gags de Jéjé et Tigrou. Pendant plus de dix ans et en les suivant ensuite sur un deuxième site inauguré en 2006, EDUSA fut mon école personnelle sur les séries américaines avec des profs qu’il était bon de retrouver à chaque rentrée.

Quand j’ai eu Internet, je me suis inscris sur le forum, puis j’ai lancé mon propre blog. Peu à peu, et à mesure que mon propre sens critique se développait et que l’équipe du site évoluait, j’étais de moins en moins convaincu par leurs mauvaises habitudes. Mais ça ne m’empêche pas, encore aujourd’hui, de cliquer une fois par jour sur le logo pErDUSA toujours présent dans ma barre de favoris et de savourer, à l’occasion, une très bonne analyse pleine de mauvaise foi.

Merci les gars (et les filles, en particulier Blackie et Feyrtys) et bravo à vous de poursuivre l’aventure !



Très vite, j’ai découvert qu’EDUSA faisait partie d’une famille plus large. Ou plutôt d’une association : À Suivre, qui hébergeait d’autres sites qu’il me fallait découvrir au plus vite. Le Village, consacré aux fictions européennes et francophones et souvent animé par notre cher Sullivan Le Postec. Le FLT (Front de Libération Télévisuelle) qui réservait au PAF français le même traitement plein de mauvaise fois que Ju réservait à Lost. La LTE (Ligue des Téléspectateurs Extraordinaires) qui faisait un peu comme EDUSA mais au moment de la diffusion des séries sur nos écrans. Grâce à d’excellents dossiers, je leur dois ma découverte d’Homicide et de The Shield. Et puis, seul survivant d’entre tous, l’encyclopédie Annuséries. Mise à part un nom douteux qui mériterait grandement d’être modifié et une forme un peu archaïque, c’est encore aujourd’hui une mine d’or d’infos pratiques sur un millier de séries. Carine et son équipe – dont, pour ne rien vous cacher, je fais partie depuis déjà quelques années – font un travail de malade pour alimenter et garder vivant ce précieux outil qui, je l’espère, est encore utilisé. Moi, il m’a beaucoup servi à l’époque où les guides de ce genre me permettaient de faire tourner Spirit TV, la chaîne imaginaire que j’avais inventé (cf : Young Dylanesque #2). Si Annuséries est toujours une référence pour vous, n’hésitez pas à leur dire un grand merci, ils le méritent !



Une figure incontournable de la blogosphère séries depuis 2004. Elle écrit tellement sur tellement de séries du monde entier qu’il serait difficile d’avoir lu toute son « œuvre » mais il suffit d’un peu de curiosité pour que, au moins une fois, elle vous ait convaincu de sortir des sentiers battus. C’est grâce à elle que, à chaque rentrée, j’en savais plus sur les nouveau pilotes – sa spécialité – et ce fut plus tard un plaisir de la suivre et de l’accompagner dans une poignée de podcasts. C’est rare de trouver un blog série avec une telle longévité et personnalité et, sous une nouvelle forme, elle poursuit aujourd’hui son travail de défrichage avec la même passion. Je ne suis pas toujours d’accord avec ses critiques, et c’est tant mieux !


Un site généraliste qui avait le mérite d’être mis à jour quotidiennement par une petite équipe de passionnées et qui traitait de manière très large d’un tas de séries via des rubriques sympathiques (Spotted, Cult Characters). Je parle au passé car je visite moins le site aujourd’hui – je ne connaissais pas encore The AV Club à l’époque – mais je me devais de le mentionner car il fut longtemps parmi mes favoris. Il y a longtemps, j’avais même eu le droit à un profil du sériphile que je vous invite à relire pour ensuite vous moquer de moi.


- Les américains

Comme il m’en fallait toujours plus, j’ai étendu mes recherches à partir du lycée vers le web américain. Ma prof d’anglais n’en savait rien mais c’est vraiment là que j’ai fait mon éducation de la langue. Grâce à Alan Sepinwall, TV.com, le regretté Television Without Pity, l’AV Club – probablement le site sur lequel j’ai gaspillé le plus d’heures de ma vie – et même Michael Ausiello qui était à l’époque, comme pour beaucoup, ma principale source de spoilers.

J’ai dû en oublier certains mais, globalement, ses adresses étaient la base. Sans compter tous les sites consacrés à ER que j’ai déjà évoqué ici. Mais en écrivant cet article, je voulais avant tout rendre hommage à la presse papier, la presse spécialisée séries qui a peu à peu disparue et fut, encore plus qu’Internet, ma source principale alors que mon obsession grandissait. 

- Séries Mag

Bimensuel publié depuis 2000. Avec une cible axée jeune adolescents et qui surfe sur les succès du moments. Au début, il fut crée parce qu’il y avait un énorme engouement autour de Buffy et la couverture du numéro le plus récent est consacrée à Teen Wolf !


Premier numéro acheté : Le n°17 en septembre 2002 au bureau de tabac de la Séguinière (49) avec Spike en couverture et un dossier spécial sur Alias. À l’époque, avec mon pote Mathieu – celui qui me prêtait sa connexion Internet – on achetait en alternance Séries Mag et One, un autre bimensuel consacré à l’actualité cinéma/musique pour les ados. On collectionnait les posters, on se prêtait les numéros, moi je découpais les articles sur Buffy, lui découpais ceux sur Charmed. Et ça a continué comme ça jusqu’au au n° 38 d’avril 2006. Jusqu’à la fin de l’acné plus ou moins.

- Series TV Magazine

Trimestriel (autrefois mensuel puis bimensuel) publié depuis 2000. Un très bon moyen d’assouvir sa passion pour les séries du moment même si, justement, le magazine à tendance à surfer lui aussi sur les succès du moment et est vraiment chouette quand on est adolescent, bien mieux foutu que Séries Mag, légèrement plus pointu.


Premier numéro acheté : Le N°19 acheté en août 2003 à la Maison de la Presse de Notre Dame de Monts (85) alors que j’étais en vacances au camping avec mes grands-parents. À l’époque, la série en vogue chez les jeunes était Smallville et j’avoue que c’est ce qui m’a poussé à acheter le numéro. Ca et le dossier Buffy/Angel et surtout, l’interview de Noah Wyle. J’ai du lire ce numéro au moins 15 fois sous la canicule de 2003. Et j’ai continué à acheter Séries TV Mag jusqu’au n°36, en septembre 2007, alors que Prison Break et Lost étaient devenu les nouvelles favorites et que la nouvelle formule m’intéressait moins. Faut dire que j’avais grandi aussi, il était temps de passer à autre chose. 

- Génération Séries

Trimestriel publié de 1991 à 2004 faisant la part belle aux énormes dossiers ultra complets, des guides d’épisodes gigantesques et des rubriques de niches capable d’éveiller la curiosité sur tous les sujets (SF, séries des années 60 à 80).


Premier numéro acheté : Le N°46 avec Scrubs en couverture à l’espace presse du Leclerc de La Flèche (72). C’était un long voyage en voiture avec mon père et je suis tombé amoureux de Scrubs en dévorant le dossier sur la série. À l’origine, c’est le retour sur l’ultime saison de Buffy qui m’avait attiré et je suis sorti de ma lecture avec l’envie de voir tout Babylon 5 – je n’ai vu que le pilote depuis…Le numéro suivant fut le dernier et m’a accompagné au bord de la mer. Plus aucun numéro n’est dispo aujourd’hui mais j’ai eu la bonne idée de commander, avant qu’il ne soit trop tard, le n°34 et le n°42, qui contiennent d’excellents dossiers sur ER et Friends.

- Episode

Mensuel publié de 2002 à 2003 qui m’ a permis de découvrir plein de choses (The West Wing notamment) et, dans un monde où Internet n’était pas tant utilisé que ça – pas par moi en tout cas – était la meilleure source d’actus sur l’univers des séries.


Premier numéro acheté : Le N°11, en septembre 2003 à l’espace presse du Carrefour de Cholet (49). Il y avait Angel en couverture mais c’est surtout le dossier sur la neuvième saison d’ER qui m’a attiré. Le numéro suivant allait me donner envie de découvrir The West Wing – j’ai heureusement pu tomber sur le coffret VHS de la première saison à Gifi – et j’allais ensuite ne pas manquer un Episode jusqu’à la disparition bien triste du mensuel.

- Générique(S)

Je l’avoue, il m’est arrivé de dire du mal de Pierre Langlais dans ces pages. De la jalousie ? Le fait qu’il se surnomme Mr Séries ? Une mauvaise foi transmise par l’équipe de pErDUSA ? Quoi qu’il en soit, j’ai l’occasion aujourd’hui de le remercier pour au moins une chose : ce magazine. Un bimestriel publié de 2007 à 2010, c’était le digne successeur de Génération Séries. Au départ, l’angle était un peu trop « voyons voir si les séries sont aussi bien que le cinéma » mais très vite, face à la disparition du reste de la presse spécialisé, Générique(S) est devenu une référence. Il fallait se payer quelques dossiers pompeux à l’occasion mais aussi d’excellentes rubriques et des chroniques DVD permettant de revenir sur un nombre de séries très variés.


Premier numéro acheté : D’abord, j’ai le souvenir de voir la couverture du n°3, avec Martin Sheen en Président Bartlet, placardée un peu partout dans Paris, en avril 2007, au moment de l’élection présidentielle. J’étais sur la capitale pour voir Dylan pour la première fois et quelques semaines plus tard, j’ai foncé au kiosque pour me procurer le n°5, avec Larry David en couverture, rien que ça. J’ai un excellent souvenir du n°24 avec Alexandre Astier en rédacteur en chef et c’est en lisant le dossier consacré aux Sopranos que j’ai fini par me lancer dans l’œuvre de David Chase. L’ultime numéro est le dernier magazine consacré aux séries que j’ai acheté. C’était en 2010 putain…

Mention spéciale également à Series Max dont j’avais acheté le n°7 consacré à Friends et à Télé Poche, le programme télé de ma grand-mère, où je découpais régulièrement chaque article consacré à ER ou Buffy. Et merci à Annuséries car leur médiathèque est un bel inventaire de ce glorieux passé de la presse spécialisée qui, à quelques rares exceptions, a presque entièrement disparu. Moi, j’ai toujours ma collection complète et un tas de posters, préservés précieusement dans ma chambre d’enfant. Merci maman.

N’hésitez pas, à votre tour, à partager vos souvenirs. Et la nostalgie devrait se poursuivre durant juillet, jusqu’à l’extinction des feux. Si un gamin s’est un jour connecté au CDI de son collège pour lire mon blog et a pu ainsi découvrir au moins une série, j’aurais réussi ma mission et la boucle sera bouclée.

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