Bilan Saison 1


En me lançant dans cette série imaginée par Aziz Ansari, je partais avec un handicap sévère : Aziz Ansari me gonfle un peu. Je peux apprécier ses mimiques à petites doses (comme dans Parks & Rec) mais l’avoir en permanence à l’écran pendant dix épisodes, ça me semblait plus compliqué. Les extraits de son stand-up m’avaient également laissé de marbre. Mais le consensus autour de Master of None (« drôle, subtile, attachante et politiquement incorrecte » selon Télérama) et mes nuits solitaires à Ouessant m’ont finalement encouragé à lui donner une chance de me séduire. La bonne nouvelle, c’est que je ressors de mon visionnage avec beaucoup plus de tendresse pour Ansari. La mauvaise, c’est que la série est beaucoup plus inégale que ce qu’on m’avait vendu.

On suit le parcours de Dev, jeune comédien new-yorkais qui tourne dans des pubs tout en essayant de devenir une meilleure personne. Chaque épisode se développe autour d’un thème central (le désir d’enfant, les inégalités homme-femme, l’adultère, l’indécision des trentenaires) et à chaque fois, Dev s’en sort en ayant appris une bonne leçon. En gros, la série a deux modes : Dev face au monde, Dev et sa relation amoureuse avec Rachel (Noël Wells qui imitait bien Zooey Deschanel dans SNL, souvenez-vous). L’occasion pour Ansari (et son co-scénariste Alan Yang, autre ancien de Parks & Rec) de développer des sujets qui lui tenaient déjà à cœur dans ses spectacles (romance et société) sous la forme d’une autofiction aussi introspective que tournée vers le monde. Sur le papier, c’est très noble et plutôt progressiste : sexisme et racisme sont tournés en dérision de manière bien plus directe qu’habituellement à la télévision. Le casting donne la part belle aux minorités et même les parents d’Ansari sont recrutés pour jouer les parents de Dev (ce qui explique leur non-jeu justement).

Mais c’est cette accumulation de « bonnes leçons » qui m’a un peu dérangé. Ansari n’a pas la subtilité d’un Louis C.K. (et sûrement pas les mêmes intentions) et à force de pointer du doigt ce qui ne va pas, il a tendance à se montrer trop didactique. Prenez l’épisode sur les parents, celui qui m’a le moins convaincu, où Dev et son pote réalisent qu’ils n’accordent pas assez d’importance aux parcours et ressentis de leurs vieux. Tout y est bien trop schématique : je suis pas respectueux d’une personne, je m’intéresse à la personne, je suis plus respectueux de la personne. Le même angle est utilisé tout au long de la démonstration et du coup, on s’ennuie rapidement. « Indians on TV » a au moins le mérite d’aborder son sujet avec plus de nuances et d’autodérision.

La série se dévoile bien plus riche quand elle laisse vivre ses personnages sans qu’ils ne soient le porte-parole d’une cause ou la version fictionnelle d’un sketch. Elle se montre bien plus humaine quand elle n’essaye pas par A+B de nous inculquer les bonnes leçons d’un trentenaire de classe plus que moyenne mais nous montre simplement des hommes et des femmes avec leurs bonnes intentions et leurs mauvaises habitudes. Le road-trip « Nashville » et le très réussi « Mornings » sont moins ambitieux dans leurs propos mais aussi beaucoup plus percutants et touchants. Les clichés de rom-com ne sont jamais loin mais habilement évités jusqu’à un « Finale » surprenant. On sent moins Ansari en train de s’éparpiller avec son budget et son format (la série est très très belle à regarder) pour développer un propos et plus en train d’exploiter son jouet pour raconter des histoires.

C’est inégal car il m’a fallu une bonne moitié de saison pour envisager Dev comme un personnage à part entière et arrêter de voir un Ansari me faire des clins d’oeils malins. Inégal car on saute du didactique (« Ladies and Gentleman ») à l’anecdotique (« The Other Man ») pour enfin avoir quelque chose de consistant (« Mornings »). Mais je dis sûrement ça parce que c’est la vision du couple qui m’a le plus touchée et, dans son universalité mal équilibrée, il se peut que Master of None vous plaise pour des raisons tout à fait différentes. C’est sa réussite et sa force. Si Netflix donne le feu vert à une deuxième saison, j’espère qu’Aziz essayera moins de plaire à tout le monde et fera des choix de narrations plus tranchés. En attendant, ça reste un bon travail de recherche avec suffisamment de fulgurances et de passages franchement drôles (le phoque en peluche ou les vigilantes dans le métro) pour mériter votre attention.

Après tout, une série d’auteur qui se déguste aussi légèrement, c’est rare.

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