Bilan Saison 5 (2/2)

Suite et fin de notre discussion autour de la cinquième saison de Louie. N'hésitez pas à réagir. Sinon, on va se sentir obligé de parler de Game of Thrones et personne a envie de lire ça...

S05E05 Untitled

Louie accompagne Jane chez le médecin et découvre que celle-ci souffre de dépression. Plus tard, il est victime d'une série de cauchemars qui l'empêchent de dormir...


Dylanesque : Lors d'un panel proposé aux journalistes à la fin de la saison, Louie expliquait pourquoi il n'avait pondu que huit épisodes cette année. À l'origine, il avait demandé au patron de FX de repousser le tournage pour ne pas avoir à supporter un hiver new-yorkais très rude. Et puis un soir, après avoir fumé un peu trop de weed, il s'est mis à écrire des scripts et a rappelé FX pour leur dire qu'en fait, c'est bon, il a des idées géniales et veut les tourner tout de suite. Au réveil, Louie a relu ses brouillons et a réalisé que ça n'avait aucun sens. Est-ce que "Untitled" est le rejeton de ce premier jet écrit défoncé ? 

C'est en tout cas un épisode particulièrement étrange, que j'aimerais bien revoir après avoir fumé un peu moi aussi. Dans la même conférence, CK explique qu'il voulait faire peur au public et que c'était l'occasion pour lui d'écrire un mini film d'horreurs inspiré par ses véritables cauchemars. Pourtant, l'épisode commence de la manière la plus classique possible, avec une énième petite aventure de Louie en compagnie de ses gamines. Comme tu le disais la dernière fois, on jubile d'avance car c'est le genre de scène confortable qui est toujours réussie. Mais quand Jane se retrouve face au médecin et lui explique qu'elle se sent devenir pure énergie et qu'elle est capable de voir l'électricité, les choses prennent un tournant moins léger. Sa dépression avait déjà été abordé brillamment la saison dernière et je m'attendais à ce qu'elle revienne sur le tapis. Mais non, celui qui se retrouve agressé par la noirceur, c'est Louie, perdant pied dans une série de cauchemars vraiment cauchemardesques. 

C'est la réussite de cette expérience : nous faire flipper en retranscrivant le non-sens flippant de l'inconscient. D'habitude, les cauchemars dans les fictions sont soit très littéraux (et lié à l'intrigue du moment) ou bien complètement déconnecté de tout et juste bizarre. Là, Louie réussit à mélanger ce qui l'obsède et ce qui lui est inconnu pour nous offrir un résultat vraiment troublant tellement on s'y perd entre réel et imaginaire, tellement nos repères s'évaporent dès qu'on croit les avoir trouvé. C'est en général ce qui se passe dans un cauchemar, non ? En plus, comme souvent derrière ses expériences, Louie n'oublie ni d'être drôle ni d'être émouvant (parce que la dépression de Jane, j'ai bien peur qu'elle fait bien partie de la réalité). 



Est-ce que "Untitled" t'a fait flipper ou bailler ? 

Gibet : Flipper ! Et rire (d'autant plus que Louis CK se permet des trucs inédits du fait qu'il filme un rêve - Louie qui arrive sur scène et ne sait plus parler, c'est bête mais c'est le genre de truc qui me fait rire de très bon coeur). Ce qui est intéressant à part ça, c'est que Louis CK prend soin de ne pas du tout résoudre la problématique du rêve. Parce que bon à partir du moment où on se met à montrer du rêve, il faut forcément affronter la question du sens, de l'inconscient, de la psychanalyse. Qu'est-ce qu'un rêve ? Un réseau de signes cryptés qui représentent nos désirs refoulés ? Un mix random de souvenirs et de fantasmes ? Du pur nawak ? A l'époque de La Science des rêves, Gondry adoptait une posture anti-psychanalytique (que je trouve assez satisfaisante mais qui en pratique rend les rêves du film un peu trop utilitaires et innocents) : en vrai nos rêves sont super faciles à décrypter si on est attentif et honnête, car ils sont le fruit de notre cervelle qui décuve de sa journée (ce qui annule l'idée d'altérité intérieure profonde et quasi-insondable). Mais ça reste de l'hypothèse, scientifiquement on en sait rien du tout. Louis CK il part de ça. Y'a le docteur qui dit peut-être que ça a du sens peut-être que ça n'en a aucun, et l'épisode mélange à la fois des élements qui relèvent de la vision du rêve comme "réseau de signes cryptés etc" (quand il a une sorte de meringue à la place de la bite, on pense à toutes ces théories freudiennes sur la castration), des éléments qui relèvent de la vision du rêve comme décuve (reprise de motifs de la partie censément non rêvée sous forme hallucinée) et des éléments qui relèvent du pur nawak (les jumpscares avec le bonhomme sans yeux). Le bonhomme sans yeux, d'ailleurs, résume bien la démarche de l'épisode : c'est impossible de trancher sur ce qu'il incarne.

Et la fin de l'épisode ouvre encore plus la brèche. On a simplement Louie qui se réveille, et on sait plus trop quand ça a commencé et si ça va s'arrêter. Moi ça m'a permis de jeter un regard neuf sur la totalité de la série. Après faut pas s'égarer dans les théories farfelues (en fait tout Louie se passe dans la tête du perso de Lucky Louie endormi !) c'est pas le sujet. Mais ça m'a fait me rendre compte que la quasi-totalité de Louie a une ambiance indécidable de rêve. Un truc à la Bunuel où le réel et l'imaginaire sont tellement poreux que ça sert plus à rien d'essayer de les départager. Louie, c'est Louis CK qui rêve sa vie - pas qui la rêve au sens où l'idéaliserait, mais au sens où il teinte tout le quotidien d'une bizarrerie pas du tout quotidienne genre "inquiétante étrangeté".



Peut-être que ça vient comme tu dis de la weed, ou peut-être pas du tout. Peut-être qu'il faut être ultra-éveillé pour écrire un épisode pareil. D'autant que le high Louis CK a l'air pas très constructif. La weed pour lui, si on se fie aux interviews, ça le fait prendre des décisions débiles, écrire de la merde en se croyant génial, et aller voir des films en IMAX pour le plaisir des blue numbers d'intro (voir son épisode de Comedians In Cars Getting Coffee). Je chipote là-dessus parce que lier l'imagination débridée aux drogues c'est un raccourci qui esquive bien des complexités (c'est sûr et certain que les drogues font sauter les censures et ont engendré des trucs de ouf - surtout en musique j'ai l'impression - mais selon les contextes les personnes ça peut tout aussi bien ne créer que de l'inertie), et ça résout trop rapidement ce débat artistique aussi vieux que l'art du faut-il vivre ce à propos de quoi on écrit pour l'écrire ? Depuis toujours on se demande qui écrit le mieux la passion amoureuse, celui qui en dehors de toute passion amoureuse l'observe et la restitue froidement ou celui qui la vivant est capable d'en restituer les mouvements en direct ? La réponse est ça dépend, et je crois que c'est pareil pour tout ce qui relève de la représentation de l'imaginaire en roue libre.

Autre détail sur lequel je me sens de chipoter : la dépression de Jane. Face à la séquence chez le docteur, il y a au moins trois réactions possibles : 1) prendre le parti que tu prends, Lily est dépressive la pauvre ; 2) prendre le parti pragmatique du docteur, qui élude le truc en une phrase (tu es déshydratée, bois plus) ; 3) prend le parti que peut prendre parfois Louis CK quand il parle de ses filles, c'est juste une enfant gâtée qui se plaint pour pas grand-chose. Et il me semble que ça reste en suspens. Y'a l'antécédent de la saison 4 où on comprenait que Jane était surdouée et le fait est que les surdoués ont tendance à être dépressifs. Mais la séquence de cet épisode ne clôt pas du tout le diagnostic (dans un épisode qui ne clôt pas du tout le diagnostic quant à la nature et au sens des rêves). Ce qui fait, quand on met tout ça bout à bout, qu'on a un excellent épisode sur le cerveau humain, et l'impossibilité d'arriver à un savoir le concernant. Ça me fait penser à A Serious Man des frères Coen, qui arrive à obtenir un résultat équivalent sur des questions plus hautes (Dieu, la foi, le libre-arbitre, etc) : un croyant verra un film sur l'implacabilité du destin là où un athée verra un film sur le hasard absolu. De même, Untitled peut donner du grain à moudre à tout le monde, lacaniens, ouvriers, ma soeur.

Dylanesque : Et s'ils veulent réécouter la délicieuse chanson finale sur fond de diarrhée, la voici. 

***

S05E06 Sleepover

Quand Lily invite ses copines à la maison pour une soirée pyjama, Louie doit les surveiller. Il reçoit alors un message de Pamela et doit également aller payer la caution de son frère en garde à vue...


Gibet : On retombe un peu avec cet épisode. Y'a pas grand-chose à redire, c'est très plaisant, avec pas mal de trouvailles (les petites filles aussi furieuses que des Gremlins, le mensonge du frère illustré par un film muet...), pas mal de bons gags (Louie qui annonce sans faire exprès à une petite que ses parents vont divorcer, puis qui a envie de se branler au pire moment possible, le frère persuadé que le yaourt sort de la chatte des vaches...), et un ton plus gai que d'habitude (Pamela très tendre, tout le monde se réconcilie autour d'une bonne glace). Mais tout à l'heure je parlais de formule de sitcom plus traditionnelle, et c'est le genre d'épisodes où on on y est totalement. Bien et pas bien. 

Dylanesque : Oui, l'épisode est tellement classique qu'il se permet même de recycler des choses déjà explorées cette année - disons plutôt, si on est indulgent comme moi, d'en proposer une variation - avec notamment la scène d'ouverture où Louie se retrouve de nouveau confronté à une génération qui, d'abord l'agace et ensuite le surprend. La dernière fois, c'était avec la vendeuse de casseroles, là c'est avec Lilly au cinéma. Cette scène d'ouverture, je la trouve à la fois très touchante et très maladroite. Touchante parce que, comme on l'a déjà dit mille fois, une scène entre Louie et ses gamines, ça fait toujours mouche, surtout quand c'est l'occasion de dire quelque chose d'un peu neuf sur la génération Y. Maladroite parce que c'est un peu didactique, j'ai presque l'impression d'avoir un sketch du comédien plaqué à l'écran, un sentiment que j'avais pas eu depuis la première saison. Reste la galerie de guest-star improbables qui vient pimenter le tout. 

Et pour le reste, pareil : je n'ai rien trouvé d'exceptionnel mais j'ai tout trouvé plaisant. Après la rupture pesante de "Bobby's House" et les cauchemars de "Untitiled", l'ambiance plus légère fait du bien et on rigole de bon coeur devant cette farce où il suffit de remplacer le jazz à la Woody Allen par des synthés 80's et les silences embarrassants par des rires enregistrés pour qu'on se retrouve avec un très bon épisode de "Lucky Louie" ! Le surréalisme de l'histoire en noir et blanc raconté par Bobby était un bonus qui prouve que, même quand il est un peu plus paresseux, Louie parvient quand même à s'amuser avec la forme. Même si c'est pas celui dont on se souviendra le plus longtemps, on tient un épisode rigolo et tendre (ce fut selon moi la meilleure utilisation d'Adlon cette saison) que j'aurais aucun problème à revoir et même à montrer à des gens pour leur permettre une introduction tranquille à l'univers de Louie (même si en général, je choisis l'épisode sur la masturbation). 


Gibet : Ah oui, l'épisode sur la masturbation, il est génial ! C'est superbe comment Louis CK montre que l'abstinence la religion c'est juste un autre érotisme. Parmi les trouvailles visuelles de The Sleepover j'avais oublié la pièce de théâtre du début, qui fait un drôle d'effet, entre son cast de malade et son concentré de mélodrame. C'est assez inédit que Louis CK rende hommage à ce genre de spectacles. On voit beaucoup de sessions de stand-up dans la série, mais très peu de trucs de Broadway, très peu de révérences à la culture plus officielle. Et c'est agréable qu'il le fasse sous l'angle de l'émotion bêta, sans faire de Louie un spectateur éclairé. Je me suis demandé si c'était une vraie pièce captée et synthétisée pour la série ou quelque chose de totalement inventé par Louis CK, en tout cas le résultat est vraiment... chelou. Donc ouais, tout à fait d'accord avec toi, même à l'intérieur d'un épisode très confortable, Louis CK parvient à créer de la forme. 

Pour ce qui est de la dispute avec Lilly (que j'ai déjà longuement évoqué quand on parlait de Cop Story la dernière fois), tu as raison de dire que c'est didactique. On pourrait faire à cette séquence le même reproche que je faisais à la séquence de l'inversion des genres dans Bobby's House : c'est très volontariste, très calculé. C'est presque scolaire cette dispute - thèse = Louie / antithèse = Lilly / synthèse = à toi de jouer petit spectateur. Mais j'ai quand même envie de sauver la séquence pour ce que ça produit comme discours. Le discours majoritaire sur les nouvelles technologies (et de fait sur "les jeunes" puisqu'ils en sont les utilisateurs les plus assidus) c'est que ces engins déconnectent du réel, rendent bêtes insensibles, immatures pour toujours. Hier j'entendais Finkelkraut qui disait que c'était le nerf de la guerre, que si on arrivait à faire en sorte que les jeunes lèvent les yeux de leur smartphone ça y est la France serait sauvée. L'autre soir je regardais Bird People, qui diagnostique le tout numérique comme la cause de l'ultra moderne solitude (le film est sauvé par son tiers moineau assez inventif mais bon). Alors je trouve ça très rafraîchissant, surtout de la part d'un "vieux", d'aller contre ça, de donner la parole à une ado, qui défend très bien sa cause. La technologie ne diminue pas le réel, dit-elle indirectement, il l'augmente, il l'intensifie, permet une autre forme de disponibilité (au lieu d'engendrer une absence de disponibilité). Dans ce sens-là, c'est légèrement différent des sketchs de Louis CK, où il va plutôt avoir tendance - mais c'est normal car l'exercice du stand-up est différent - à clasher ses filles, à se laisser triompher sur la jeunesse (il y a ce sketch - peut-être qu'il est dans la série je sais plus - où il se moque d'un jeune qui fait son job avec mauvaise volonté). 

Dylanesque : Didactique ou non, c'est en tout cas une nouvelle fois significative de la direction prise, à mon sens, par cette saison : la volonté de Louis CK de donner la parole à tout le monde, d'être à l'écoute et d'évoluer. C'est pas nouveau : la catho de l'épisode sur la masturbation n'était pas juste un personnage qu'il pointait du doigt, il était écrit avec suffisamment de nuance pour que son avis ait une valeur autre que la pure antithèse de notre héros. Dans la cinquième saison, c'est systématique : s'il ne donne raison à personne, Louie a presque systématiquement tort, est presque toujours le mec ennuyeux face à son psy dans "Pot Luck" et à travers lui, on peut se surprendre à passer du bon temps dans une secte, à ne pas détester une hipster pas très polie, un flic violent, une jeune et son téléphone, etc... Ce n'est plus Louie contre le monde ou Louie malgré le monde. C'est Louie et le monde et c'est une approche qui rend la saison, malgré quelques redondances, franchement rafraîchissante. 

***

S05E07-S05E08 The Road

Louie s'embarque, sans véritable enthousiasme, pour une nouvelle tournée de spectacles à travers le pays. Sur la route, à Cincinnati ou Oklahoma City, il fait de nombreuses rencontres...


Dylanesque : Et pour une vision plus forte de Louie et le monde, quoi de mieux que de propulser Louie sur la route ? C'est étonnant qu'il n'ait pas exploité plus tôt le vivier d'histoires dont une vie de comédien en tournée doit regorger mais c'est finalement approprié de s'en servir maintenant, au moment de conclure une saison ouverte sur les autres. On peut voyager pour se retrouver seul avec soi-même ou tout simplement parce que c'est notre travail mais on ne peut échapper aux rencontres sur la route, c'est impossible. Le point de départ de ce périple est d'ailleurs pas si courant : la route est une corvée pour Louie, quelque chose qu'il fait car il n'a pas le choix, car c'est son taf. Il n'est pas question pour lui d'être en quête de quelque chose ou de profiter du paysage. Un peu comme dans la vie (un road trip c'est une expérience accélérée et intense d'existence à l'intérieur de l'existence selon moi et pas mal de fictions), Louie part avec un esprit pragmatique et résigné. Et un peu comme dans la vie, il sera forcé à sortir de sa bulle pour interagir de plein fouet avec le monde. Tellement de plein fouet qu'il finira les larmes aux yeux. 

La doublette "The Road" est mon épisode favori de la saison pas seulement parce que j'adore les road-trip plus que tout ("New Year's Eve" reste mon all-time favorite d'ailleurs) mais surtout parce qu'il s'agit d'un condensé de toutes les thématiques de la saison. Le road-trip est une expérience accélérée et intense de l'existence et "The Road" est une expérience accélérée et intense de la cinquième saison de Louie où chaque rencontre est l'occasion, après une phase d'incompréhension, d'être surpris par l'humanité. On pense qu'on est bien plus tranquille à être assis sur ses acquis et caché derrière sa pudeur mais on finit par prendre beaucoup de plaisir à se déguiser en soldat de la Guerre Civile et à pleurer sur l'épaule d'un comédien spécialiste des blagues de pets. 

Gibet : C'est pas strictement la première fois que Louis CK aborde les tournées dans la série. Il y avait dans la saison 1 un épisode où Louie prenait l'avion pour donner des spectacles dans le sud, et se trouvait confronté après l'un d'eux à des fans hardcores qui le menaçaient avec un flingue car il était pas très sympa avec eux, puis il se faisait sauver par un flic qui lui demandait un bisou sur la bouche. Du coup le sujet n'est pas nouveau, mais l'angle oui. Ce que tu dis est juste sur le glissement de "Louie contre le monde" à "Louie avec le monde", il suffit de comparer. Dans l'épisode tournée de la saison 1, les gens rencontrés sont bizarres, hermétiques, un peu fous, et on reste du côté de Louie. On comprend son retrait parce que de toute manière la communication n'est pas possible.


Dans The Road, les gens rencontrés, tout bizarres qu'ils sont, sont humains et amicaux, et le jeu consiste à nous montrer que c'est Louie le problème dans ces relations qui marchent pas. Ce dont il prend conscience (idée géniale) au milieu d'une engueulade sur les blagues de pet. C'est bien senti, tous les moments clefs du récit assez classique d'ouverture d'introverti (dont la racine est ptêt A Christmas Carol ?) sont désamorcés ou décalés. Louie se met pas à chialer au milieu d'une discussion sérieuse et intime, il se met à chialer parce qu'il ment sur son amour des blagues de pets ! Et une fois qu'il s'est ouvert à l'humoriste gras (qui meurt deux minutes après de la manière la plus stupide possible), c'est pas gagné, il devient pas super cool, il arrive toujours pas à communiquer avec le boss de la boîte ou la jeune blonde mutique (là où Scrooge, après avoir trouvé la source de son introvertion, devient le type le plus sympa). Aussi, on a l'impression que Louie se met vraiment à profiter du moment Guerre Civile seulement une fois qu'il est rentré et qu'il invente son histoire d'ancêtre pour Jane. Dans la séquence où il danse, il est abasourdi mais il reste crispé, et il n'y a qu'à la toute fin de l'épisode qu'il arrive à sortir de lui-même, à accéder à la dimension mythique du jeu. Mais je trouve qu'on parle beaucoup de la seconde partie, et pas de la première. Est-ce parce qu'au bout du compte elle est superflue ? 

Dylanesque : Putain j'avais complètement oublié l'épisode dont tu parles. Il faut vraiment que je remates la première saison de Louie. Mais bon, tant que ça confirmes ce que je dit, tant mieux, ça a du bon parfois d'avancer des théories un peu au hasard ! Et je trouve pas la première partie superflue. Les deux racontent un peu la même chose avec la même structure : l'arrivée dans une ville du Midwest, une relation compliqué avec un local (le chauffeur puis le comédien) et un entracte touchant au milieu (l'aventure dans l'aéroport puis le marché aux puces). Mais les deux variations se valent à mon sens et l'une ne rend pas l'autre ennuyeuse ou trop redondante. Et même si c'était le cas, c'est aussi ça la route, surtout pour un comédien qui doit souvent faire les mêmes trajets : la routine, un schéma qui se reproduit sans surprises. Et c'est en se confrontant aux autres plutôt que d'être un simple spectateur passif que Louie va d'ailleurs briser l'ennui et ressentir à nouveau quelque chose sur la route. 

Que ça se termine avec de la mort et de l'indifférence, c'est normal oui. Je disais qu'un voyage était une mini-existence, et c'est toujours dans la mort et l'indifférence que tout se termine, non ? J'espère juste que ce n'est pas la fin d'une série que je retrouve chaque année avec la même curiosité. Même quand elle surprend moins, elle nous fait pas mal parler, rire, réfléchir et ressentir. Des envies particulières pour une potentielle sixième saison ?

Gibet : Je suis assez d'accord avec toi mais en même temps je me dis que la deuxième partie est suffisamment dense pour rendre la première partie caduque. Quand j'ai vu l'une puis l'autre j'ai trouvé les deux super, mais en y repensant, la première ne dit rien que ne dise pas la deuxième, et la deuxième excède la première avec ses dénouements (la mort abrupte / l'histoire à Jane). Donc je sais pas si en revoyant la première partie je la trouverais un peu faible.


Je crois avoir lu que Louis CK voulait faire sept ou huit saisons. La seule envie que j'aie pour la suite, c'est qu'il ne se force pas à écrire. Alors si ça s'arrête là, tant pis et tant mieux. Si par contre il a encore de l'appétit pour sa série, qu'il se sent encore d'expérimenter des trucs et de montrer la complexité du réel, go. Il tire un chouia sur la corde avec cette cinquième saison ; même si elle est très courte, j'ai le sentiment qu'on aurait pu se passer de deux ou trois épisodes en condensant leurs bonnes séquences en un épisode. J'ai un fantasme télévisuel que je n'ai jamais vu se réaliser : quand une série vieillit, j'ai toujours envie qu'elle défonce son status quo, mais vraiment vraiment. Qu'elle change brutalement de ton, de sujet, de forme. En tout cas je sais que c'est ce que je ferais si j'étais dans cette situation. Louis CK a le potentiel pour faire ça, il a déjà un peu essayé - pas aussi brutalement que je l'imagine mais est-ce seulement possible au sein de la structure télévisuelle qui se doit quand même plus ou moins d'assurer un produit stable ? - et je pense que le salut est dans cette voie.

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